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Carrières de gravillons : La manne d’Illoulofin menacée de fermeture

Exif_JPEG_420En attendant la fermeture par l’administration communale de Pobè, pour raison d’insécurité, des carrières de gravillons d’Illoulofin, un village de l’arrondissement d’Issaba  situé à environ 23 kilomètres au nord-est du centre-ville et théâtre de plusieurs drames mortels ces derniers temps, la population ne semble pas avoir d’autre choix que de continuer à creuser, bêcher, fouiller juste pour quelques kilogrammes de gravillons.

Par Innocent Dègnidé

Au nombre de deux, les sites d’exploitation de gravillon d’Illoulofin étendus sur une superficie d’environ deux hectares, accueillent chaque jour, un nombre important d’hommes et de femmes. Armés de pioches, de houes et de récipients en plastique, ils creusent des tunnels à travers la terre à la recherche de gravillons qu’ils revendent contre quelques sous,  Dame Abiossè Adoukè, qui tourne autour de la cinquantaine, creuse une fosse sur le premier site d’Illoulofin. Comme elle, ils sont nombreux et en majorité des femmes, qui viennent d’Illoulofin et de ses environs pour y risquer quotidiennement leur vie. Ils ne prennent aucune précaution sécuritaire. Répartis pêle-mêle et de façon désordonnée, chacun se met à faire ce qu’il peut pour atteindre la couche contenant les gravillons et les extraire de ce sol ferralitique d’un rouge ocre.

Assis devant un mélange de latérite et de gravillons, Mathieu Idossou, un jeune enseignant-répétiteur dans une école primaire de la place, lance de façon rythmée sa pioche en l’air pour ensuite la laisser tomber de toute la puissance de ses bras afin qu’elle pénètre au plus profond de la terre qui, sous les coups de boutoirs, se détache pour laisser voir son intérieur. En quelques minutes, il avait déjà libéré 50 centimètres de terres sur une surface d’environ deux mètres carrés. Dégoulinant de sueurs, il observe une courte pause au cours de laquelle, haletant, il lâche : « Le travail-là est très difficile. Il n’y a plus aucune autre activité dans le village. C’est pourquoi tout le monde se dirige vers celle-ci malgré son caractère pénible et les risques qu’elle colporte ». Il complète rapidement avant de se remettre à piocher et se saisir de la pelle pour libérer le trou qu’il vient de creuser : « Moi, je n’aime pas sortir pendant les vacances. Dès que je reviens du champ dans la matinée, je consacre l’après-midi pour cette activité », indique Mathieu. Ce travail, il le fait pratiquement tous les jours. Il dit en tirer des bénéfices conséquents pour subvenir à une partie de ses besoins, en vérité des miettes.

Partout sur ce site, ce sont des cratères conduisant à travers des tunnels aux entrailles de la terre. Le mode opératoire des exploitants de ce site consiste à creuser le sol à l’aide d’une pioche et d’autres matériels agricoles pour atteindre le mélange de gravillons et de latérite à la vue duquel se décuple l’ardeur manœuvrière de ces hommes et femmes guidés par la quête effrénée de leur pitance quotidienne.

D’atroces conditions de travail

« Nous n’avons plus autre activité c’est pourquoi nous les femmes du village d’Illoulofin nous nous contentons de l’exploitation du gravillon sur ce site. Elle est la seule activité que nous menons pour subvenir à nos besoins dans le village », confirme dame Abiossè Adoukè. « Ce que nous faisons, reconnait-elle, c’est difficile et nous courons aussi assez de risques. En période de pluie, nous enregistrons régulièrement des cas d’accidents suite à l’effondrement des trous que nous creusons. Abandonner ce travail, ce serait pécher contre soi-même, soutient Abiossè Adoukè.

Comme elle, Monloto et Dohori Ogoutadé sont toutes conscientes des risques qu’elles prennent tous les jours en venant travailler sur ce site d’extraction de graviers. « Le travail est très difficile. Nous ne gagnons presque rien », se lamente Dohori Ogoutadé croisée sur le second site d’exploitation situé à un peu plus de 1000 mètres du premier. A la fin de la journée de travail, nous sommes souvent atteints de courbature générale et une bonne partie de ce que nous gagnons doit être distraite dans l’achat des médicaments.

Dame Monloto révèle que récemment, une femme du village a perdu son bébé et elle-même est toujours alitée par qu’ayant été victime de fractures. « Il faut creuser jusqu’à une profondeur donnée avant de commencer à trier grain par grain le gravillon recherché. Ce n’est pas comme du sable ou de la latérite qu’il faut ramasser. Difficilement on arrive à remplir une bassine par jour », fait-elle observer.

Des revenus loin des attentes

Abondant dans le même sens, Mathieu Idossou fait remarquer qu’il faut être très endurant pour remplir un véhicule Peugeot 404 bâché, le principal instrument de mesure, en deux semaines de durs labeurs. Si non, il faut jusqu’à vingt jours de travail pour le faire et gagner dix mille (10.000) franc CFA.

« La vente de gravillons se fait ici à Illoulofin avec la bassine et la voiture Peugeot 404 bâchée qui sont les deux instruments de mesure utilisés. Une bassine de gravillons est cédée à 500f et la bâchée à 10.000f aux clients qui viennent de Pobè, d’Onigbolo et d’autres communes riveraines. Nous n’y gagnons pas grande chose puisqu’il faut payer encore 4000f après la vente d’une bâchée au propriétaire terrien », révèle Mathieu.

Pour sa part, le propriétaire des deux sites, Idossou Alamou, pense que sans la modernisation de cette exploitation, aucun des acteurs ne pourra véritablement jouir de son travail. « Les femmes, après la vente ne payent que 4.000f au propriétaire terrien dans les dix mille qu’elles prennent sur la voiture qui sert de mesure. Or, c’est moi qui mets à leur disposition tout le matériel de travail. Ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas du tout rentable », se plaint-il.

Le couperet de la mairie

En ce qui concerne l’officialisation de ces deux sites, Idossou Alamou déclare avoir pris il y a environ cinq ans, une autorisation à la mairie de Pobè à 175.000f après quelques années d’exploitation sans payer un kopeck. « Il y a environ un mois on nous a dit à la mairie que nous allons commencer à payer une taxe : un droit d’exploitation à 175.000f en plus de l’autorisation à 175.000f aussi et ce tout les deux ans. Nous, exploitants, attendons la décision de la mairie pour savoir quelle conduite tenir », déclare le propriétaire des lieux. Il souhaite que dès l’instauration de ces taxes, les autorités communales volent au secours des populations pour la modernisation de cette exploitation en leur offrant des engins lourds.

Le chef de village d’Illoulofin, Djabi Soulé, évoque leurs difficultés à subvenir à leurs besoins et souhaite que les gouvernants œuvrent pour la modernisation de cette activité qui, à l’en croire, procède de la présence de cette ressource naturelle dans cette localité.

Contrairement au vœu de ses administrés, le maire de Pobè, Paul Fakorédé Odjo, indique que le conseil communal qu’il préside est plutôt dans la dynamique de « fermer les deux sites d’exploitation de gravillons d’Illoulofin et d’en interdire l’accès à ces exploitants ».

« A notre installation, nous avons appris qu’il y a une carrière à Illolofin. Nous nous y sommes rendus ; et reconnaissons qu’il y a d’énormes problèmes par rapport à cette carrière. Les gens sont allés à une profondeur tellement grande et il y a eu des avalanches qui ont enseveli des vies humaines. Il y a eu plusieurs cas d’accidents mortels. Nous en avons parlé à l’une de nos sessions ordinaires. La carrière d’Illoulofin sera fermée et interdite d’accès », a expliqué l’autorité communale.

Selon le maire Odjo, la décision du conseil communal ne plaira guère aux populations mais, précise –t-il, « c’est pour leur sécurité….. Nous n’avons pas besoin des cadavres pour le développement de la commune mais des vivants ».

D’ailleurs, la ville de Pobè n’en tire rien, a témoigné le chef de l’exécutif communal :« Depuis près d’une décennie que cette carrière est opérationnelle, elle n’a rien apporté à la commune. Elle ne fait qu’appauvrir davantage la population riveraine », se justifie-t-il. L’objectif est d’étudier les modalités d’une exploitation industrielle qui puisse profiter aux finances de la commune de Pobè, se promet-il.

Par VIASSIN Z. Maxime Mahougnon/ABP

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