LE PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE Me ADRIEN HOUNGBEDJI
LE PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE Me ADRIEN HOUNGBEDJI

Retrait du droit de grève, décisions de la Cour, Interruption de la déclaration du député Mitokpè, Cos-Lepi et assignation : Le président Adrien Houngbédji se prononce

 

LE PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE Me ADRIEN HOUNGBEDJI

LE PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE Me ADRIEN HOUNGBEDJI

L’occasion de la plénière consacrée à la cérémonie de présentation de vœux entre les députés et leur président, a été celle choisie par ce dernier, Me Adrien Houngbédji pour se prononcer sur le retrait du droit de grève aux magistrats et aux agents de la santé, le respect des décisions de la Cour Constitutionnelle, l’interruption de la déclaration du député Guy Mitokpè, le dosser Cos-Lepi et l’assignation qui en découle.

 A propos du retrait du droit de grève aux magistrats et aux agents de la santé.

« …Avec votre précieux concours et votre indispensable contribution, nous avons adopté des textes essentiels qui changent le quotidien des Béninois. Le 1er Vice-président, dans son allocution, en a dressé la liste. Il ne me paraît pas nécessaire d’y revenir. Cependant, je voudrais, puisque nous en avons commencé l’étude avant 2018, rappeler quelques-unes de ces lois, notamment la récente loi que nous avons votée sur le statut de la police républicaine, sur le Conseil supérieur de la magistrature et sur le statut de la magistrature. Cette dernière loi fait couler et fera couler beaucoup d’encre et de salive. Ce n’est pas sans un certain pincement de cœur que nous l’avons voté. Nous sommes les uns et les autres les héritiers de la tradition démocratique installée au Bénin depuis la conférence des forces vives de la Nation. Lorsque je scrute le regard de chacun d’entre vous, je n’en vois pas un seul qui ne soit pas l’héritier de cette conférence nationale. Le droit de grève des Magistrats est le fruit d’un long combat. Je me souviens lorsque j’étais moi-même élève-magistrat, nous n’avions même pas le droit de nous syndiquer, à plus forte raison le droit de faire grève. En France, je me souviens que ce sont les magistrats de ma promotion qui ont mené le combat pour le droit syndical et le droit de grève et qui ont mené ce combat victorieusement. Ce que nous avons fait ici est dans la continuité de ce combat. Je le répète, c’est avec un véritable pincement au cœur que nous avons voté cette loi. C’est peut-être le moment et le lieu d’une introspection. Pourquoi l’avoir voté ? Demain, nous recevrons ici le collectif des centrales syndicales qui viendront exprimer leurs préoccupations. Nous avons épuisé nos attributions. Nous avons voté cette loi. Normalement, le collectif devrait s’adresser à une autre institution. C’est pourtant ici qu’il viendra. Pourquoi ? Parce qu’il sait que vous êtes les représentants du peuple. Vous êtes leurs représentants et vous êtes attentifs à leurs cris. C’est aussi le lieu de dire que s’ils veulent nous amener à renoncer au fruit d’un combat que nous avons mené ensemble, c’est en raison des abus que nous avons tous notés dans l’exercice de ce droit. Lorsque le corps de la santé se met en grève, ce sont des vies humaines qui sont en danger. Ce sont des vies humaines qui se perdent. Il faut qu’un code de conduite règlemente l’usage de ce droit de grève. Nous sommes tous témoins des drames auxquels nous assistons. Pouvions-nous rester les bras croisés. Il en est de même du droit de grève des magistrats. Nous aurions aimé ne pas toucher à ce droit. Nous avons dû le faire parce que des abus sont connus dans l’exercice de ce droit. C’est mon devoir de le dire. Je ne sais pas quel sort sera réservé à cette loi par la Cour constitutionnelle. Mais quel que soit ce sort, nous respecterons les décisions de la Cour constitutionnelle… »

 A propos du respect des décisions de la Cour constitutionnelle.

« …Il n’est pas imaginable que l’Assemblée nationale n’exécute pas les décisions de la Cour constitutionnelle. Mais de même que nous devons respecter les décisions de la Cour constitutionnelle, nous devons aussi respecter notre règlement intérieur. Nous devons respecter aussi notre Constitution. C’est ce que nous avons fait à propos de la décision concernant le Cos-Lépi qui nous vaut également beaucoup de difficultés. Nous avons agi dans le respect du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale ; c’est-à-dire de la Constitution. Notre règlement intérieur veut que notre Assemblée nationale soit maîtresse de son ordre du jour contrairement à d’autres pays où l’ordre du jour de l’Assemblée nationale peut lui être imposé par une autre institution, notamment le gouvernement. Ici au Bénin, l’Assemblée nationale est maîtresse de son ordre du jour. Ici au Bénin, aucun dossier ne peut être examiné en plénière s’il n’est pas d’abord examiné en commission. Ici au Bénin, il n’est pas possible d’adopter une procédure d’urgence si 10 députés au moins ne la réclament. Il n’est pas possible de faire droit à cette demande de procédure d’urgence si la moitié plus un des députés ne l’accepte. C’est ça la loi. C’est ça le droit. Et le vieil homme que je suis, attaché aux principes de droit et à la loi, parce que c’est mon devoir, se doit de faire respecter la loi. Je souhaite qu’on en prenne conscience… »

A propos de son assignation par un citoyen pour non désignation des représentants du Parlement au Cos-Lépi. «…Nous avons appris par la voix de la presse qu’une procédure d’assignation aurait été délaissée contre le président de l’Assemblée nationale pour avoir respecté le règlement intérieur ; c’est-à-dire respecté la Constitution. D’ailleurs, j’ai appris que l’auteur de procédure est une progéniture de l’un de nos collègues. Les enfants ne ressemblent pas forcément à ce que font leurs parents. Je n’ose pas qualifier la procédure. Je dirai qu’elle est malheureuse. Je voudrais dire et répéter qu’il n’est pas possible que l’Assemblée nationale ne respecte pas les décisions de la Cour constitutionnelle. Je voudrais aussi dire qu’il n’est pas possible que l’Assemblée nationale ne respecte pas son règlement intérieur et la Constitution. J’ai fait ce petit aparté en parlant de la loi sur la grève. J’ai dit que d’autres problèmes pourraient se poser. Le règlement également, on le respect ainsi que les dispositions de notre Constitution. Ce qui nous a caractérisés pendant ces trois années, c’est une espèce d’éthique, une espèce de règles de respect les uns des autres. Nous l’avons très bien respecté, je voudrais vous en félicité… »

Au sujet de l’interruption d’une déclaration du député Guy Mitokpè à l’hémicycle

« …Rappelez-vous dans la nuit du 20 mai 2015. L’ambiance dans cette Assemblée nationale était une ambiance à couper au couteau. On ne pouvait pas se parler d’une travée à l’autre. Mais nous avons réussi en 3 ans à faire de cette Assemblée nationale, l’Assemblée de tous les députés. Tout en respectant nos convictions, tout en respectant les différences d’opinion entre nous, nous en avons fait un lieu où l’on se respecte les uns les autres. Le respect que nous nous vouons les uns aux autres dépendra le respect que l’opinion publique, que le peuple béninois aura pour notre institution. Moi je voudrais vous en féliciter. Quand on nous voit travailler. Quand on nous voit cheminer, on n’a pas l’impression que nous avons de profondes divergences. Je sais qu’au début de la législature, un ou deux collègues de la majorité parlementaires ont essayé de tenir des propos considérés comme agressifs. Vous en êtes témoins. Bien que je fusse de cette majorité, ces collègues ont été rappelés à l’ordre pour ne pas gâcher l’ambiance. Certains sont députés aujourd’hui parce qu’ils le sont devenus comme suppléants et n’ont pas assisté à cette période de notre démarrage des travaux. C’est grâce à cette fermeté et grâce à votre compréhension que nous avons fait de cette Assemblée nationale, un lieu de respect et de convivialité. Je voudrais que nous continuions. Je souhaite que nous continuions. Nous ne gagnons rien à transgresser à ce code de bonne conduite qui a caractérisé notre Assemblée nationale. Les événements du 21 Décembre ont été des événements douloureux. Douloureux pour le président que je suis pourquoi ? Parce que j’ai vu s’effondrer en l’espace de quelques minutes, un travail acharné de 3 ans pour faire de notre Assemblée nationale, une Assemblée digne de respect. J’en parle parce que cet incident a beaucoup affecté. La presse s’en est saisie, les réseaux sociaux et très vite, ce qui a été une mesure d’apaisement a été traduit comme une mesure de rétorsion. Lorsque j’ai rappelé notre collègue à l’ordre à trois reprises, je dis bien à trois reprises, lui demandant de modérer ses propos. La logique de notre règlement intérieur aurait voulu que je sanctionne. C’est ce que dit notre Règlement intérieur. Je voyais la fièvre, la colère monter de l’autre côté et très vite a défilé dans ma tête, la possibilité qu’on s’en prenne les uns aux autres, qu’on s’injurie, qu’il y ait des altercations et qu’on en vienne aux mains. Et sagement, j’ai suspendu la séance. Je n’ai pas sanctionné. J’aurais pu le faire. Je ne l’ai pas fait aussi parce que le collègue auteur de l’incident est un jeune collègue. C’est sa première législature. Et je sais que la veille de l’incident, il m’a envoyé un message m’annonçant qu’il allait créer un problème. Le jour de l’incident, il est passé me voir, me disant qu’il allait créer un problème. Je l’ai exhorté à la modération. Je n’ai pas réussi et ce qui devait arriver est arrivé. Je souhaite de tout mon cœur, plus pareil incident ne se produise plus. J’étais en Europe, lorsque j’ai appris cette assignation qui a été délaissée contre le Président de l’Assemblée nationale par un quidam accompagné de quatre avocats. Ils demandent à attraire le Président de l’Assemblée nationale devant le tribunal pour motif qu’il aurait fait obstacle à l’exécution d’une décision de la cour constitutionnelle. Mais vous savez que nous sommes dans un pays avec un peuple ou tout le monde ne comprend pas toujours et cela a été compris comme une condamnation du président de l’Assemblée nationale à payer une astreinte de 100 millions FCFA par jour. Je voudrais vous montrer que les dérives qui partent de l’Assemblée nationale ont des répercussions énormes sur l’ensemble de l’institution. Ce n’est pas de ma personne qu’il s’agit. Il s’agit de l’institution Assemblée nationale du Bénin. Je souhaite très sincèrement à l’orée de cette année 2018 que la minorité et la majorité parlementaire prennent conscience de ce que cette image dont a parlé le 1er Vice-président a parlé toute à l’heure ne peut être sauvegardée que si les uns et les autres y mettent les leurs. Ce n’est pas un problème de personne… »

Propos recueillis par Karim Oscar Anonrin et Fidel Kenou  www.visages-du-benin.com  Toute l’actualité du Bénin et d’ailleurs depuis 2009 ! Restez connecté avec nous,  restez informé!

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