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Grosse interrogation du président Talon à la Conférence Internationale sur l’accès aux médicaments : « Pourquoi est-il permis qu’au plan international, certaines productions soient dédiées exclusivement aux pays pauvres et interdites de vente dans les pays développés ? »

Au Palais des Nations, siège des Nations Unies à Genève, à l’initiative de Mme Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie et de M. Michel Sidibé, Directeur exécutif de ONUSIDA, s’est tenue ce mardi 22 mai,  une conférence diplomatique sur l’accès aux médicaments et autres produits médicaux de qualité en Afrique francophone. Cette conférence qui a reçu le  le soutien de M. Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la collaboration de la Fondation Chirac, a connu la participation effective du Bénin représenté par son Président, Patrice Talon. C’est avec courage que le premier des béninois a parlé de la problématique des faux médicaments en s’adressant à la communauté internationale.

Voici l’intégralité de son discours sur le sujet.

F. Z. OKOYA

 

e7fc98ef2a407f5e2ea64a0ac2fbc2f2_MAllocution du Président de la République du Bénin à l’occasion de la Conférence Internationale sur l’accès aux médicaments

 

Madame la Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie ;

– Monsieur le Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé ;

– Monsieur le Directeur Exécutif du Programme Commun des Nations Unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA) ;

– Madame la Directrice Régionale de l’OMS pour l’Afrique;

– Madame la Présidente de la Fondation Chirac;

– Monsieur le Directeur Général de l’Office des Nations Unies à Genève ;

– Distingués participants ;

– Mesdames et Messieurs,

La cause qui nous réunit ce jour en cette conférence est d’un paradoxe incroyable, si l’on convient qu’un produit destiné à soulager, à guérir et à sauver la vie ne peut être que de qualité.

Un médicament ne devrait faillir que par erreur ou ignorance humaine.

Jadis, l’homme ne pouvait en toute conscience, commercialiser un poison pour un médicament.

En nos temps, Mesdames et Messieurs, des produits fabriqués et commercialisés comme médicaments ne sont destinés ni à soulager, ni à guérir, si ce n’est exclusivement pour enrichir illégitimement et illicitement leurs auteurs.

Mais le grand malheur est que ces pseudo médicaments tuent en masse, compromettent l’efficacité des médicaments de qualité et ciblent sans pitié les plus pauvres.

 

Mesdames et Messieurs,

Le fléau des faux médicaments est l’un des défis majeurs de notre génération, toute nation confondue, parce qu’à terme, si rien n’est fait, les maladies et les microbes invaincus et aguerris dans les milieux pauvres ne manqueront pas de sévir partout dans le monde.

De ce point de vue, la réflexion à laquelle nous invite la présente rencontre est un impératif.

Trouver coûte que coûte les voies et les moyens pour un meilleur accès aux médicaments et aux produits médicaux de qualité dans les pays en développement, notamment africains est désormais une urgence car, malgré les mesures conventionnelles internationales, le fléau du faux médicament continue de faire des ravages au sein des populations pauvres en s’intensifiant.

Plus d’une décennie après « l’Appel de Cotonou » pour la lutte contre ce fléau, le trafic des médicaments et produits contrefaits ne s’est pas essoufflé sur le continent africain, bien au contraire ; ceci à la faveur d’une meilleure organisation des réseaux criminels spécialisés et du coût souvent trop élevé, il faut le reconnaître, des produits de qualité.

La présente conférence est une occasion privilégiée pour parvenir à l’adoption de mesures concrètes permettant enfin d’inverser la tendance.

 

Mesdames et Messieurs,

L’Appel dit de Cotonou n’a pas été lancé à Cotonou par hasard ; c’est parce que la capitale économique de mon pays le Bénin figurait, en raison de sa situation géographique favorable, sur la liste des plateformes répertoriées dans le trafic de faux médicaments.

S’il est malheureusement établi que malgré le choix de Cotonou pour le lancement solennel de la lutte en Afrique, le Bénin n’a pu faire grand-chose jusqu’en 2016, il convient aujourd’hui de signaler que depuis bientôt deux ans, mon pays s’est courageusement engagé dans l’éradication des circuits illicites de distribution de médicaments par une lutte implacable contre les trafiquants à qui notre arsenal d’investigation, de contrôles, de saisies, de destruction et de condamnation des concernés, systématique des produits illicites ne laisse plus aucun répit.

La guerre que nous menons est loin d’être gagnée, mais je peux vous assurer que nous avons déjà remporté de grandes victoires qui nous encouragent à aller beaucoup plus loin.

De manière globale le gouvernement du Bénin a entrepris de réformer tout le secteur des médicaments et de procéder aux investissements nécessaires en vue de garantir la qualité des produits entrant sur son territoire.

Le prix à payer est énorme, mais notre détermination est irréversible et c’est tout le sens de ma présence ici parmi vous.

 

Mesdames et Messieurs,

Je n’ai ni la prétention, ni l’illusion de croire que le Bénin, dans une démarche solitaire, gagnera cette guerre car la lutte contre les faux médicaments est une lutte qui déborde largement nos cadres nationaux et qui doit s’inscrire dans une coopération internationale proactive en matière d’information, de renseignement, d’expertise, de formation, d’investissement et de sincérité.

Il faudra en effet que la lutte devienne sincère à tout point de vue et que les grands laboratoires cessent de développer des chaînes de production exclusivement dédiées aux pays pauvres.

Une telle discrimination est immorale, viole l’éthique, côtoie pour le moins l’illicite et fragilise dans tous les cas notre lutte.

Est-il d’ailleurs possible que dans un même pays, il y ait des médicaments produits pour les pauvres exclusivement et non recommandés pour les riches ?

Pourquoi est-il permis qu’au plan international, certaines productions soient dédiées exclusivement aux pays pauvres et interdites de vente dans les pays développés ?

 

Mesdames et Messieurs,

La lutte ne peut être individuelle mais l’implication de chacun devra être sincère, courageuse et volontariste dans le cadre d’une véritable coopération internationale.

Une telle dynamique est la seule voie face au défi du faux médicament.

Je souhaite qu’à l’occasion de la présente conférence, nous ayons la volonté et le courage de faire des échanges francs débouchant sur des recommandations concrètes et susceptibles d’efficacité afin qu’il ne s’agisse pas simplement d’une conférence de plus.

Je suis persuadé, chers participants, que la déclaration qui sera adoptée au terme de nos travaux répondra aux attentes et que des actions concrètes seront programmées pour la suite.

Du courage donc et plein succès à nos travaux.

 

Je vous remercie.

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