Assemblée Nationale : Cérémonie d’hommage à l’honorable Jean-Pierre Babatoundé Ibitècho : Le poignant témoignage du Président Vlavonou à son ancien collègue

 Assemblée Nationale : Cérémonie d’hommage à l’honorable Jean-Pierre Babatoundé Ibitècho : Le poignant témoignage du Président Vlavonou à son ancien collègue
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Décédé le vendredi 5 février 2021 à l’âge de 71 ans, Jean-Pierre Babatoundé Ibitècho qui sera inhumé demain samedi 27 février 2021 à Kétou a reçu ce jour les hommages dignes de son rang au Palais des Gouverneurs à Porto. Colonel des douanes à la retraite, l’illustre disparu a été Ministre de l’environnement et de la protection de la nature dans le gouvernement du Président Boni Yayi de 2006 à 2007 avant de devenir Maire de sa commune natale, Kétou. Député élu de la huitième législature sous la bannière du parti Union Progressiste, l’homme a marqué son milieu professionnel et politique selon les témoignages reçus lors des derniers hommages qui lui ont été rendus ce vendredi 26 février 2021 à l’assemblée nationale. Députés à l’Assemblée nationale, Ministres au gouvernement, Chancelière de l’ordre National du Bénin et bien d’autres personnalités politiques étaient présents à cette cérémonie d’hommage. À l’occasion, le Président de l’Assemblée nationale Louis Gbèhounou VLAVONOU a rendu hommage à son << ami et collègue>> disparu soudainement. Pour lui, “Jean-Pierre Babatoundé n’est pas mort, il entre dans la vie”…

Polo AHOUNOU

Lire le texte intégral de l’Oraison funèbre du Président de l’Assemblée nationale:

“…Mesdames et Messieurs, chers Collègues, Nous sommes sur le chemin de confier au séjour éternel, un digne habitant de la terre, un ami, un frère, un collègue, notre frère BABATOUNDE Ibitètcho Jean-Pierre,       cruellement arraché à notre affection le vendredi, 05 février 2021 dans sa 71ème année. Certainement qu’il était entré dans le dessein du psalmiste : « le nombre de nos années ? Soixante-dix, quatre-vingt pour les plus vigoureux ! Leur plus grand nombre n’est que peine et misère ;… »  (Ps 89 ; 9-10)                           

Cet homme, c’est bien celui-là qui a fécondé des pages de l’histoire à la gloire de la nation. Celui-là qui aura hébergé le sans abri, nourri la veuve et l’orphelin, qui se sera illustré par son professionnalisme  à l’exemple au service de la nation, son militantisme avéré et sa défense des justes causes. Jean-Pierre, J’ai tantôt parlé de ton dévouement à la juste cause. Devant les amis, les collègues, nos compagnons de lutte venus d’ici et d’ailleurs pour soutenir ton accompagnement en ta dernière demeure, je sens comme un devoir d’exhumer de ma mémoire quelques souvenirs prégnants sur les valeurs cardinales que tu as ensemencées au plus profond de notre âme.  Je veux ainsi déposer le témoignage du terreau dans lequel nous avons pris racine par fidélité à notre enseignement et à notre formation assis sur l’amour du travail bien fait. Aussi loin que remontent ces souvenirs, depuis le lycée Béhanzin où nous étions les prestigieux Matheux rêvant d’intégrer les grandes écoles de sciences pour devenir qui, ingénieur, qui pilote d’avion, la providence nous conduisit, non pas dans les moins prestigieuses écoles, mais dans la plus prestigieuse Ecole des Douanes, celle de Neuilly-Sur-Seine où tu me devanças quelques années plus tôt. Mais avant, les luttes estudiantines qui nous ouvrirent les portes de la clandestinité du combat de la lutte anti impérialiste eurent pour corollaire notre combat contre l’injustice, le favoritisme dans l’Administration des Douanes de l’époque où tu t’es fait remarquer lors des Assises du 13 Novembre 1990. Ce jour-là, le choix a été unanimement porté sur ta personne pour conduire le comité préparatoire du néo syndicalisme au lendemain de la conférence des Forces Vives de la Nation. Je me souviens encore de ce 09 février 1991 au congrès constitutif du SYNAD où tu fus élu comme le 1er Secrétaire Général de ce tout nouveau syndicat voulu fort et influent par 134 voix sur 134 et tu y resteras trois mandats durant. Comment pourrais-je oublier cette valeur syndicale, charge que j’ai assumé à ta suite jusqu’à notre retraite le 1er Janvier 2007 ?

Par ailleurs, c’est par le plus petit noyau de la société que s’expérimente cet engagement et s’explore cet enseignement. Tu as mis en terre la semence la plus fondamentale : l’éducation à l’effort.  Cet homme pour qui la volonté de donner le meilleur de soi-même est au-dessus de la course effrénée vers un absolu hors de portée. Nous t’avons vu relever l’humble qu’on a brimé, secourir ceux que le sort a brisés, partager la douleur de la veuve et de l’orphelin, relever ceux qui chancelaient, fortifier les mains languissantes, affermir les genoux qui se pliaient, accorder pitance et assistance. Nous t’avons vu rétablir la justice là où sévissait l’injustice ;  et l’écho de ta voix retentit encore depuis le Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature ; il se fait encore audible depuis la Mairie  de Kétou.

Cher ami Jean-Pierre,Aujourd’hui, tu retournes officiellement à l’éternité, et nous voici réunis pour te dire ADIEU, sur le chemin de retour à ta terre natale. Tu retournes  donc à l’éternité, cher aîné à l’au-delà,  au terme d’une vie remplie, dévouée au service de la nation et à ta progéniture ; et tu retournes, réunissant autour de toi cette nation au sein de laquelle tu as servi, elle à qui, ta vie durant, tu t’es dévoué en fils laborieux et en digne partisan identifié comme exemple de discipline au sein des formations politiques où tu as milité. Jean-Pierre, La séparation d’avec toi s’opère aujourd’hui dans la douleur et l’angoisse. Plus encore, du militant, du père et de l’époux que tu fus ; celui avec qui nous avons partagé de grands sentiments ; et ton départ pour ce nouveau monde, frappe les orphelins et la veuve que tu as laissés, de plein fouet, et les enserre d’une triste émotion que vivement avec eux, nous partageons.

Toi-même, tu sais la difficulté que j’ai à prononcer cette élégie, tant la tristesse et le chagrin m’étreignent. Ton décès, Jean Pierre, fait notre grande peine. Notre émotion est grande en cette heure de devoir te dire au revoir. Mais, Compagnon de lutte Jean-Pierre, nous ne te pleurerons pas ; car d’après Rabindranath Tagore (philosophe Indien 1861-1941), « la mort n’est pas l’ultime vérité. Elle nous paraît noire de même que le ciel nous paraît bleu, mais elle ne noircit pas plus l’existence que l’azur céleste ne tache les ailes de l’oiseau ». Il nous paraît beaucoup plus juste d’élever nos voix pour remercier l’Eternel d’avoir permis ton séjour ici-bas et d’avoir fait de notre humble personne, les heureux témoins et apprentis de ton code de vie. Aujourd’hui, nous venons te rendre hommage pour ce que ta vie a été pour nous, pour cette mine de richesse et cette source d’eau douce où, tels des nénuphars, nous ouvrirons nos pétales pour capter de la lumière dans les moments de trouble et d’hésitation, selon la foi solide que les morts ne sont pas morts. La vie n’est pas détruite ; elle est transformée. Et à cette source, nous viendrons nous abreuver à l’eau de la vie dans le souvenir impérissable de tes enseignements. 

Jean-Pierre, te voilà sur le chemin de retour à Kétou, sur cette terre qui héberge ton cordon ombilical, loin de l’étreinte des bruits de l’urbanisme. En ce jour où finit ton voyage terrestre, nous te confions au silence de la terre nourricière, dans la complicité de ta fidélité réciproque.    La légende raconte qu’après sa naissance, le saumon migre vers l’immensité de l’océan pour faire l’expérience de la vie. Mais parvenu à l’âge où il a tout accompli, il remonte le cours de l’océan et, comme guidé par le devoir, dévale collines et cascades, pour regagner les eaux douces de sa rivière natale. Jean-Pierre. De même que le saumon, tu es en train de quitter ta famille naturelle, ta famille politique, tes amis, tes collègues,  la richesse que tu as construite à la patrie, l’expérience et le savoir que tu as enseignés à la jeunesse, l’exemple que tu as montré à la politique, le modèle que tu fus à l’Assemblée nationale. Maintenant que tu pars, nous sommes venus te promettre que nous continuerons la lutte. Nous la continuerons dans la dignité et dans la noblesse à la conquête de tous les rêves immobilisés aux quatre coins de l’horizon, et ton exemple servira pour nous de souffle. Ta vie qui n’aura été qu’un hymne à l’amour, se perpétuera dans les oriflammes, comme un décalogue transmis en héritage à la postérité. Nous savons que le chemin de la vie est jalonné d’obstacles, mais nous disons Non, nous n’arrêterons pas si tôt ce que tu avais entamé avec nous. Nous le poursuivrons et, à la fin, nous pourrions être fiers d’avoir nourri, élevé et construit ce que nous avions ensemble commencé. Nous ne te disons pas adieu, car les sentiers sont inachevés.

Alors, lève-toi, et marche pour le chemin éternel que toi seul peux désormais voir. Dieu fait grâce aux humbles et tu nous a enseigné que l’humilité précède la gloire, comme dans Proverbes 15 au verset 33.La preuve, c’est que tu as été fait Commandeur de l’ordre national du Bénin depuis que tu fus ministre en 2006-2007 ; mais tu ne t’es jamais soucié de l’organisation de sa réception. Néanmoins, le Chef de l’Etat touché par ta brutale et inattendue disparition a signé le décret n° 2021-076 du 24 février 2021, faisant de toi Grand Officier de l’Ordre National du Bénin, dont l’insigne te sera remis à titre posthume. Alors, Brave pèlerin, rentre donc dans la gloire du père céleste, là où la joie fleurit en abondance, où les justes marchent, fiers dans les sillons tracés par l’éternel. Et pour nous parents, amis très proches, épouses et enfants, pourquoi ne pas continuer à méditer ces phrases d’Alfred de Vigny dans la mort du loup : « A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse, seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse. – Ah ! Je t’ai bien compris, sauvage voyageur, et ton dernier regard m’est allé jusqu’au cœur ! Il disait : “ Si tu peux, fais que ton âme arrive, à force de rester studieuse et pensive, jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté. Gémir, pleurer, prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler, puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler”.» Vas ! Dors en paix et que la terre te soit légère ! ”

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