Bénin – CEDEAO: les dessous d’un échec « consenti »

Par James-William
GBAGUIDI

Le Bénin est un « nain diplomatique ». Cette conviction que d’aucuns se sont forgée et ont
consolidée au fil des années avait pu être remise en question ces dernières années. Certains succès diplomatiques de notre Etat sont passés par là. La visite du Pape Benoît XVI, celle de Jacob
Zuma, président de l’Afrique du Sud et l’élection de notre pays au sein du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies font partie des plus récents de ces exploits. Le plus emblématique sans
doute aura-t-il été l’élection du Président Thomas Boni Yayi en janvier dernier pour présider durant un an la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union africaine. Première dans
les annales de l’histoire diplomatique du Bénin, près de cinquante ans après la création de l’institution panafricaine. Mais il faut croire, au regard des résultats du 40
e Sommet de la CEDEAO quelques semaines
plus tard que certains succès préparent de lourdes désillusions.

Le Bénin est un « nain diplomatique ». Cette conviction que d’aucuns se
sont forgée et ont consolidée au fil des années avait pu être remise en question ces dernières années. Certains succès diplomatiques de notre Etat sont passés par là. La visite du Pape Benoît
XVI, celle de Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud et l’élection de notre pays au sein du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies font partie des plus récents de ces exploits. Le
plus emblématique sans doute aura-t-il été l’élection du Président Thomas Boni Yayi en janvier dernier pour présider durant un an la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union
africaine. Première dans les annales de l’histoire diplomatique du Bénin, près de cinquante ans après la création de l’institution panafricaine. Mais il faut croire, au regard des résultats du
40e Sommet de la CEDEAO quelques semaines plus tard que certains succès préparent de lourdes désillusions.

Il y a quelques mois, s’est ouvert la succession du Ghanéen James Victor Gbého qui
assurait l’intérim depuis le départ de son compatriote Mohamed Ibn Chambas de la tête de la Commission de l’organisation sous-régionale. A cette fin, le Bénin, conformément aux recommandations
issues du Groupe d’Experts mis en place par la conférence des Chefs d’Etat de la CEDEAO, était bien parti pour placer son candidat à ce poste stratégique qu’il n’avait non plus jamais occupé. En
effet, les règles consensuelles édictées par ce comité d’experts que sont « l’équité dans la répartition des postes, la transparence des procédures de désignation, la désignation sur la base
de l’ordre alphabétique, la prévisibilité des successions », ouvraient la voie pour l’accession du Bénin au poste. Mais le Burkina Faso ne l’entendait pas de cette oreille.  Et au bout
du processus, on peut se rendre compte que c’est bien au diplomate burkinabé Kadré Désiré Ouédraogo qu’échoit la haute responsabilité de présider aux destinées de la commission de la CEDEAO
durant les cinq prochaines années, au détriment de l’ancien chef de la diplomatie béninoise Jean-Marie Ehouzou dont la candidature aurait été retirée par le Président Boni Yayi en personne. De
guerre lasse. C’est la fin d’une illusion qui aura duré quatre mois.

L’échec diplomatique du Bénin à la CEDEAO a commencé avec la volonté du président
Burkinabé Blaise Compaoré de faire prévaloir un ancien « arrangement » convenu en 2006 en faveur de son pays pour occuper le poste de président de la Commission, une fois le tour du
Ghana passé. Cet arrangement dont nulle trace n’a été exhibée aurait pourtant pu être abandonné, ou même repoussé par les autres Etats  dans l’optique de faire respecter les conclusions du
groupe d’Experts de haut niveau mis en place par la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO. Mais en l’espèce, ils n’ont pas jugé utile de le faire. Et pas seulement parce que
le Bénin ne serait qu’un « petit poucet diplomatique ». Le mal date quelque peu.

A l’occasion de l’élection du Président Boni Yayi à la tête de l’Union africaine, il
a été confronté un temps à la candidature du nigérian Jonathan Goodluck. Ce dernier n’a dû retirer sa candidature que sur insistance de la conférence des Chefs d’Etat de l’UA, pour ne l’avoir
posée ni dans des délais raisonnables, ni selon les formes requises. Cette attitude du Nigeria, par ailleurs médiateur dans le différend diplomatique entre le Bénin et le Burkina Faso au sein de
la CEDEAO, aurait dû mettre la puce à l’oreille des Béninois. De toute évidence, le géant de l’Est du Bénin appréciait très moyennement le rapprochement spectaculaire entre son voisin et sa
rivale sud-africaine. Le soutien supposé du Bénin à la candidature de Madame Nkosazana Dlamini-Zuma à la commission de l’UA contre le gabonais Jean Ping pourtant adoubé par la plupart des Etats
ouest-africains, a sans doute eu sa part dans le camouflet essuyé par Boni Yayi au sommet d’Abuja. Si à cela on ajoute que dans son humilité légendaire, le président béninois aurait concédé que
son Etat ne pouvait assurer à la fois la présidence de l’Union africaine et celle de la commission de la CEDEAO (je me demanderais bien pourquoi), on aura moins de mal à comprendre.

Une chose est sûre, alors que dans une certaine frénésie, le Président Boni Yayi
effectue ses premiers pas dans ses nouvelles fonctions, c’est à la diplomatie burkinabé de jubiler. Dans un an, on ne parlera plus de la présidence béninoise de l’Union africaine qu’au passé.
Avec quels résultats ? Nous attendons de voir. Mais le mandat de Kadré Désiré Ouédraogo à la tête de la commission de la CEDEAO ne serait qu’à ses débuts. Assurant de fait au « pays des
hommes intègres » un rayonnement continu sur l’Afrique de l’ouest et une ouverture particulière au reste du monde durant cinq années. L’activisme de Blaise Compaoré pour porter le Président
béninois à la tête de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UA n’était pas sans frais. En matière de diplomatie, il y en a qui étaient au four bien avant le réveil des
autres.

 

James-William
GBAGUIDI 

 

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