L’évolution du Parlement béninois, outre le bilan de ses missions constitutionnelles et celui des réformes engagées pour son fonctionnement, est marquée par deux faits majeurs : 1- l’augmentation du nombre des représentants du peuple et 2- la représentativité et le leadership politique des femmes élues pour y siéger.
De 64 députés à la première Législature en 1991, l’Assemblée nationale du Lire + Bénin est passée à 83 membres dès la deuxième Législature en 1995, et ce, jusqu’à la huitième en 2019. L’actuelle Législature, la neuvième, a été installée le 12 février 2023 avec 109 députés.
De la représentativité des femmes au Parlement béninois
Le point fait sur la présence des femmes au Parlement béninois depuis l’avènement de la démocratie au Lire + Bénin, montre que leur représentativité n’a jamais atteint les 10 % avant la neuvième Législature. Des chiffres publiés par le PNUD en janvier 2023 l’attestent.
En effet, de 1991 à 2019, ces taux se présentent comme suit :
1991 – 1ère Législature : 4,69 % ; soit 03 femmes députés
1995- 2ème Législature : 7,32 % soit 06 femmes députés
1999- 3ème Législature : 6,02 % soit 05 femmes députés
2003- 4ème Législature : 7,23 % soit 06 femmes députés ;
2007- 5ème Législature : 7,23 % soit 06 femmes députés ;
2011- 6ème Législature : 9,63 % soit 08 femmes députés ;
2015 – 7ème Législature : 8,43 % soit 07 femmes députés
2019- 8ème Législature : 7,23 %, soit 06 femmes députés.
C’est seulement en 2023, au grand bonheur de la gent féminine, que ce taux est passé à 25,69 % avec 29 femmes députés.
Ce taux qui marque une avancée notable et inédite en termes de représentativité des femmes en politique au Lire + Bénin a fait échos à l’international. Et pour cause, selon les données mondiales sur les parlements nationaux fournies par l’Union Inter Parlementaire(UIP) au 1ᵉʳ avril 2024, le Lire + Bénin occupe la 88ᵉ place alors qu’en 2015, le pays était au 129ᵉ rang.
Au plan national, cette prouesse socio-politique ne laisse pas indifférent :
« 25 % de femmes qui siègent à l’Assemblée nationale du Lire + Bénin : c’est une première dans l’histoire démocratique du Lire + Bénin. Une victoire qui intervient après de longues années de combat et de militantisme des femmes et des hommes engagés pour la cause de la participation des femmes aux instances de prise de décision », a souligné Blandine Codjia AGOSSOU, Experte pour les thèmes Genre et Éducation au Bureau de la Coopération Suisse à Lire + Cotonou.
S’adressant aux membres du Réseau des femmes parlementaires de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (RFP/APF), le mercredi 17 avril 2024 à l’occasion de l’ouverture des travaux de la réunion inter-sessionnelle de cette instance, le Président Louis G. VLAVONOU fera remarquer que cette prouesse est ” le couronnement d’une lutte tenace et acharnée des femmes leaders béninoises, aussi bien de la société civile que des organisations politiques, matérialisée par la volonté politique des plus hauts dirigeants de la Nation, de renforcer et de soutenir une présence de qualité des femmes au sein des instances de prise de décision “.
À TALON ce qui est à TALON !
Ce taux record est aussi et surtout, la résultante de plusieurs circonstances favorables. En effet, après le rejet par la Cour constitutionnelle de la loi de quota en 2011 et celui de la loi pour la parité par l’Assemblée nationale en 2013, il a fallu attendre début novembre 2019 pour que les révisions de la Constitution en son article 26 et du Code électoral en ses articles 144 et 145, servent de terreau à l’émergence d’un plus grand nombre de femmes lors des élections législatives qui ont suivi en 2023.
À ce propos, il importe de rappeler que conformément à l’article 144 du Code électoral de 2019, 24 des 109 sièges de l’Assemblée nationale sont réservés aux femmes (soit un siège dans chacune des 24 circonscriptions du pays). De plus, l’article 145 du même Code exige des partis politiques qu’ils présentent leurs listes de candidats dans toutes les circonscriptions électorales avec la précision que chaque liste doit comporter un nombre de candidats égal au nombre de sièges à pourvoir, dont une femme et sa suppléante se présentant spécialement au titre des sièges réservés.
Pour bien d’observateurs, le nouveau visage du Parlement béninois avec un plus grand nombre de femmes est l’aboutissement de nombreuses années de lutte, de revendications et de lobbying des réseaux de femmes leaders, des organisations de la société civile et des Institutions Internationales exerçant au Lire + Bénin.
À César ce qui est à César, cette prouesse est surtout le fruit de la volonté politique du Président Patrice TALON qui a en fait un pilier de la réforme du système partisan.
Le leadership et l’engagement politiques des femmes au sein du Parlement
Au Parlement, de 1991 à début 2023, soit de la première à la huitième Législatures, le leadership et l’engagement politiques au féminin ont été marqués par des élues qui se sont démarquées du lot.
En tête de ce peloton des Amazones parlementaires post 1991, se trouve incontestablement la toute Première Dame de l’ère du Renouveau démocratique.
Rosine SOGLO : Après son entrée à l’hémicycle en 1995 à la faveur des élections législatives qui ont abouti à l’installation de la deuxième Législature (1995-1999), elle ne quittera le palais des Gouverneurs qu’en 2019 sous le poids de l’âge et contrainte par des problèmes de santé.
Durant ses six (06) mandats de député, Rosine Soglo en sa qualité de doyen d’âge, a eu à diriger cinq (05) élections de bureau de Parlement. Elle a effectivement été acteur principal de l’installation des Présidents Adrien HOUNGBEDJI en 1999 à la 3ème Législature, de Kolawolé IDJI en 2003 à la 4ème Législature, de Mathurin NAGO en 2007 à la 5ème Législature puis en 2011 à la 6ème Législature et enfin d’Adrien HOUNGBEDJI revenu à la tête du perchoir pour la troisième fois en 2015, pour le compte de la 7ème Législature
Mais les mérites de Rosine SOGLO décédée le 25 juillet 2021 vont bien au-delà de ses rôles de doyenne d’âge au cours de ses vingt-quatre (24) ans de vie parlementaire. En dehors de ses remarquables contributions aux débats pour la production législative et le contrôle de l’action gouvernementale, la seule femme du Lire + Bénin Présidente de Parti et présidente de Groupe parlementaire, celle qui a toujours été désignée au sein de l’hémicycle sous l’affectueuse appellation de ” Maman”, aura été en première de ligne dans tous les combats politiques qui ont pris corps à l’Assemblée nationale.
Ayant passé la quasi-totalité de sa vie politique post 1995 dans l’Opposition, c’est de son siège au Parlement qu’elle a vaillamment combattu par ses prises de position, les Présidents Mathieu KEREKOU, Boni YAYI et Patrice TALON, y compris, leurs soutiens : Présidents de l’Assemblée nationale, Députés, Ministres…
Malgré sa fermeté et son franc-parler, tous les observateurs de la vie politique nationale sont unanimes pour reconnaître que Rosine SOGLO connaît la limite à ne pas franchir. En effet, c’est encore vers elle que le Pouvoir et la classe politique, toutes tendances confondues, se retournent lorsque les dossiers d’intérêt national se retrouvent dans l’impasse au Parlement.
Le leadership politique au Parlement béninois ne saurait donc être conté sans cette dame de poigne qu’un membre du Gouvernement désigne comme ” le seul homme politique du Lire + Bénin”.
Rafiatou KARIM : Femme politique d’envergure depuis la période révolutionnaire, Rafiatou KARIM n’a pas perdu de sa superbe à l’avènement du renouveau démocratique. Élue députée pour la première fois en mars 1999 dans la 21ème circonscription électorale, Karim Rafiatou a été Présidente du Groupe parlementaire « Nation et Développement » et membre de la Commission des Relations extérieures.
La première femme Ministre du Lire + Bénin (Ministre de la Santé en 1989) a été réélue député en 2003. Durant ces deux mandants, Rafiatou KARIM qui est devenue plus tard, de Présidente du Réseau des Femmes Responsables Politiques, n’a raté aucune occasion pour marquer, comme Rosine SOGLO l’arène politique parlementaire dominée par les hommes.
Claudine PRUDENCIO : Élue Député et Première Secrétaire parlementaire de la 6ème Législature entre 2011 et 2015, Claudine PRUDENCIO alors Présidente du parti UDBN est revenue à l’hémicycle pour le compte de la 7ème législature (2015 – 2019). Sous cette Législature, elle a occupé le poste de Présidente de la Commission de l’Éducation, de la Culture, de l’Emploi et des Affaires sociales et a été membre du Parlement Panafricain et de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF). Le symbolisme de son leadership politique au sein du Parlement béninois et en dehors, aurait sa Lire + nomination comme Conseillère spéciale du Président du Parlement panafricain, chargée des questions de paix et développement de 2019 à 2021.
Sofiath SCHANOU : Dotée d’une bravoure politique incontestable, elle a réussi la prouesse de se faire élire successivement en 2027, 2011, 2015 sous la bannière du parti Fcbe puis en 2019 et 2023 avec le parti Bloc Républicain dans la 19ème circonscription électorale, alors fief incontesté du PRD. Son engagement politique lui a fait mériter le poste de Première Secrétaire parlementaire à la 7ème et à la 8ème Législatures.
Leadership et engagement politiques, un fardeau trop lourd pour les élues actuelles ?
Depuis le décès de Rafiatou KARIM et de Rosine SOGLO et la pause observée chez Claudine PRUDENCIO et Sofiath SCHANOU, le flambeau du leadership et de l’engagement politiques peine à être maintenu par les femmes actuellement députés à l’Assemblée nationale.
S’il est vrai que le Bureau de la 9ème Législature a offert une place plus valorisante aux femmes députés en votant pour Chantal AYI au poste de 2ème Questeur de l’Assemblée nationale, il est tout aussi louable que l’actuelle Législature a aussi eu le mérite d’avoir mis en place dans le cadre du Leadership et de l’engagement politiques, le Caucus des femmes parlementaires du Lire + Bénin présidée par l’honorable Djamilatou SABI MOHAMED.
Mais cela n’est pas suffisant et n’explique point la léthargie observée dans l’engagement et les débats politiques au niveau des femmes membres de l’actuelle Législature et dont le grand nombre a suscité enthousiasme et espoir.
Cette situation n’a pas échappé au Chef de l’État Patrice TALON, ardent défenseur de la promotion politique de la femme. Le jeudi 11 janvier 2024, au cours d’une séance d’échanges avec les femmes parlementaires au Palais de la Marina, le Chef de l’État a partagé en effet avec ces dernières, ses inquiétudes sur leur inaction et surtout leur abstinence à se prononcer sur les débats politiques : « Vous n’êtes pas visibles dans les débats politiques. Nous voulons que les femmes participent réellement à l’évolution de notre pays tel que vous le faites au niveau familial. Peu importe qu’on soit éloquent en français ou qu’on ne soit pas à l’aise pur exprimer notre pensée. Je voudrais que vous fassiez ce pas et qu’on vous entende de moins en moins… Il faut que vous soyez fortes dans l’action politique, dans la conquête de l’électorat au profit de vos partis politiques, à votre profit aussi pour attirer d’autres femmes béninoises en politique… ».
Au cours de l’atelier de formation organisé à Grand-Popo les 11 et 12 mai 2023 au profit des femmes élues députés pour le compte de la neuvième Législature, le Président de l’Assemblée nationale, Louis G. VLAVONOU, face à ce tableau reluisant proposera : «… Pour permettre aux femmes de militer plus et donc de peser plus fortement sur la vie politique, il est nécessaire d’agir sur les deux dimensions : leur ouvrir plus largement le monde du travail rémunéré, créer les conditions de leur accès à des postes hiérarchiquement élevés, et faire en sorte que l’investissement dans le travail domestique ne soit pas, comme il l’est encore trop souvent, leur devoir premier ».
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Francis Z. OKOYA / Tribune du REJAP
