COMMUNIQUE CONJOINT UPMB – CNPA : Les Associations de presse réagissent et interpellent la HAAC

La déclaration de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) en date du 5 septembre 2012 a surpris plus d’uns. D’abord à cause du moment choisi :  des semaines après les propos incriminés du Chef de l’Etat, après la vague  des déclarations et marches de soutien et aux début des contre réactions des personnalités diverses (Sébastien Adjavon, Candide Azannaï, Gaston Zossou…). La HAAC qui n’avait pas pipé mot face aux menaces à peine voilées proférées à l’encontre de certains  journalistes est vivement interpellée par  l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB) et le Conseil National du Patronat de la Presse et de l’Audiovisuel du Bénin (CNPA Bénin). Lire le communiqué conjoint.

Francis Z. OKOYA

 

COMMUNIQUE CONJOINT :

Réaction contre la dernière déclaration de la HAAC
Les Associations professionnelles des médias du Bénin :

l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB) et le Conseil National du Patronat de la Presse et de l’Audiovisuel du Bénin (CNPA Bénin) ont enregistré avec un grand intérêt la dernière déclaration de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) en date du 5 septembre 2012, une déclaration qui constitue une mise en garde contre la diffusion et la publication depuis quelques semaines à travers les médias béninois d’articles, d’émissions et de propos qui seraient « injurieux ou parfois haineux » et seraient « susceptibles de mettre en péril la paix sociale, la cohésion et l’unité nationales ».
La HAAC menace de faire usage de ses pouvoirs constitutionnels de veille déontologique et des prérogatives que lui confère sa Loi Organique pour, d’une part, suspendre tout organe de presse écrite ou audiovisuelle qui, désormais, publiera, diffusera de son propre chef ou servira de relais à tout article ou propos en violation de sa Loi Organique, de ses Décisions et du code de Déontologie et pour, d’autre part, interdire d’antenne des animateurs ou auteurs de commentaires de presse présentés comme des revues de presse en langues nationales, d’émissions et de reportages sur des télévisions et des radios et qui s’obstineraient à envenimer une certaine « situation ».
La HAAC menace même d’agir rétroactivement en se réservant le droit d’apprécier et de sanctionner des dérapages et manquements dans le traitement de l’information qu’elle aura constatés et qui ont eu lieu antérieurement à sa dernière déclaration et qui ont « notamment trait aux réformes politiques, économiques, agricoles et à la crise au niveau du football ».
Il faut rappeler que la « situation » en question, ce sont d’une part les propos tenus par le Chef de l’Etat en personne lors d’un entretien télévisé diffusé le 1er août 2012, précisément sur les réformes politiques, économiques, agricoles et la crise au niveau du football et d’autre part, les réactions diverses de toutes tendances qui y ont fait suite.
Les Associations professionnelles des médias saluent le « souci de la HAAC de ne pas entraver le droit du public à l’information » et qui l’a amené jusqu’à sa dernière déclaration à observer « un silence attentif ».
Seulement, elles regrettent le « silence attentif » dans lequel s’est muré la HAAC suite aux propos du Président de la République qui a publiquement déclaré qu’il se retient de « faire du mal » à des journalistes (qu’il a désignés) alors qu’ « il en a bien les moyens ». Pourtant, il s’agissait bien là de menaces à peine voilées venant du Premier Magistrat contre l’intégrité physique de professionnels de médias.
Or, la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 dont se prévaut la HAAC pour vouloir sanctionner aujourd’hui dispose en son Article 24 que « la liberté de la presse est reconnue et garantie par l’État. Elle est protégée par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication dans les conditions fixées par une loi organique » et en son Article 142 que « la Haute Autorité de l’audiovisuel et de Communication a pour mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi ».
La même loi organique n°92-021 du 21 août 1992 dont se prévaut la HAAC pour vouloir sanctionner aujourd’hui dispose aussi en son Article 1er que « nul ne peut être empêché, … ni inquiété de quelque façon dans l’exercice régulier de sa mission de communicateur » s’il a satisfait aux dispositions de ladite loi organique. Les dispositions de l’Article 5 de la même Loi organique lui imposent « de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi ».
De plus, le Code de déontologie de la presse béninoise dont se prévaut la HAAC pour vouloir sanctionner aujourd’hui édicte pourtant en son article 24 que « le Journaliste a droit, sur toute l’étendue du territoire national, et ce sans condition ni restriction, à la sécurité de sa personne, de son matériel de travail, à la protection légale, au respect de sa dignité ».
Quelle lecture et surtout quelle application effective fait la HAAC de ces dispositions constitutionnelles, légales et déontologiques ?
Le débat d’idées sur des sujets relatifs, entre autres, aux réformes politiques, économiques, agricoles et à la crise au niveau du football participe de la solidification de notre édifice démocratique et les médias ont, non seulement, le droit mais aussi et surtout le devoir d’y contribuer. La confrontation d’idées ne pourra être passée sous silence par la presse béninoise et ne saurait souffrir de bâillonnement, même s’il faut relever que certains propos dangereux devront faire l’objet d’autocensure par les acteurs des médias eux-mêmes.
Les Associations professionnelles des médias expriment leurs vives inquiétudes par rapport au contenu de cette dernière déclaration de la HAAC et aux menaces qui en découlent. Elles espèrent que la HAAC, tout en jouant très objectivement son rôle de régulateur du fonctionnement des médias, jouera aussi et surtout son rôle de protection des acteurs des médias.
Voilà pourquoi l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB) et le Conseil National du Patronat de la Presse et de l’Audiovisuel du Bénin (CNPA Bénin), tout en encourageant les acteurs des médias à faire davantage preuve de rigueur professionnelle dans le traitement des informations (puisque la liberté de la presse rime avec responsabilité et professionnalisme), les appellent surtout à rester vigilants pour la sauvegarde des libertés publiques en général et de la liberté de la presse chèrement conquise en particulier.
Cotonou le 10 septembre 2012
Pour le CNPA
Le Président Malik GOMINA

Pour l’UPMB
Le Président
Brice HOUSSOU

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OKOYA F.

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