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Djibril Mama Cissé, préfet du Borgou: Un champion de la lutte contre le mariage des enfants

Le Bénin a ratifié il y a 30 ans la Convention relative aux droits de l’enfant. Dans le cadre de la célébration de la ‘’Journée mondiale de l’Enfant’’ le 20 novembre 2020, le préfet du Borgou, Djibril Mama Cissé, tel un champion, nous fait le point des actions menées par son département dans la défense et la promotion des droits de l’enfant, en mettant un accent particulier sur la lutte contre le mariage des enfants.

Depuis que vous dirigez la préfecture de Parakou, la défense et la promotion des droits de l’enfant constituent l’un de vos chantiers prioritaires. Pourquoi ?

Djibril Mama Cissé, Préfet du Borgou

Comme vous l’avez souligné, depuis notre prise de fonction, la défense et la promotion des droits de l’enfant constituent l’un de nos chantiers prioritaires. Vous savez, à l’aune de toute entreprise humaine, il y a forcément un fait ou un acte générateur ou si vous voulez, un élément déclencheur. Le déclic s’est produit lors de notre participation à la cérémonie de lancement de la campagne
‘’ Tolérance zéro au mariage des enfants’’. Nous en étions sorti abattu, le cœur meurtri d’apprendre que le département dont nous avons la charge venait en tête des départements dans lesquels les violences faites aux enfants sont légion. Par la suite, nous avons parcouru le rapport de l’enquête par grappe à indicateurs multiples et le tableau était très sombre pour le département. En effet, au plan national, les statistiques en matière de mariage des enfants et de grossesse en milieu scolaire retenaient le Borgou en tête de liste. D’où la nécessité de redresser la pente, ce qui justifie le fait que les droits de l’enfant en général sont devenus l’un de nos chantiers prioritaires.

En termes de défense et de promotion des droits de l’enfant, quel bilan pouvez-vous faire globalement de vos actions ?

Le bilan est globalement positif au regard des résultats encourageants obtenus dans la lutte. Rien n’était gagné d’avance, même s’il reste beaucoup à faire ! Nous avons travaillé de concert avec les maires qui ont été instruits à l’effet de mettre en place les comités communaux de protection de l’enfant. De même, cette instance a été mise en place au niveau départemental et les bilans concernant la lutte se font une fois par trimestre dans les communes et deux fois par an au niveau départemental. Les structures d’accueil et de protection de l’enfance, les Centres de promotion sociale sont mis à contribution et des systèmes d’alerte sont fonctionnels pour les dénonciations et la prise en charge.
Cette thématique est revenue plusieurs fois au cours des sessions du Conseil départemental de concertation et de coordination (Cdcc) et des réunions de la Conférence administrative départementale (Cad) où chacun des participants a été invité à accompagner la lutte, qui est devenue un mouvement d’ensemble puisque tout le monde y adhère. Aujourd’hui, le combat n’est plus celui du préfet seul, mais de tous (les élus communaux et locaux, les dignitaires religieux et leaders d’opinion). Voilà ce que nous avons pu faire afin de renverser la tendance.
En dehors de ces instances de protection des droits de l’enfant, nous avons pris un arrêté interdisant l’utilisation de la main d’œuvre infantile dans les marchés, les ateliers, sur les chantiers et autres zones d’exploitations socio-économiques.

Selon le rapport de l’Enquête par grappe à indicateurs multiples (Misc) 2014, le Borgou affiche 37.2 % au tableau du mariage des enfants. Quelles actions avez-vous entreprises face au phénomène ?

Dans le cadre de la lutte contre le mariage des enfants, nous avons mené plusieurs actions. Avec l’appui de l’Unicef qui, en la matière est notre partenaire privilégié,nous avons réuni, le 6 juillet 2018 à Nikki devant le palais impérial et en présence de l’Empereur, tous les rois de l’aire culturelle Baatonu aux fins de les sensibiliser au phénomène. Cette rencontre a débouché sur une déclaration officielle des 14 rois. Ils ont signé une charte dans laquelle ils s’engagent à s’impliquer particulièrement dans la lutte contre le mariage des enfants.
Le 11 juin 2019 et le 29 octobre 2019, deux ateliers de mobilisation des leaders religieux, Imams et élus locaux du Borgou ont été organisés et m’ont permis de faire un plaidoyer contre le mariage des enfants dans les communes du Borgou.
Le 26 février 2020, nous avons tenu une autre séance de mobilisation des imams, élus communaux et locaux contre le mariage et la mendicité des enfants dans mon département.
Le 11 août 2020, 11 motos acquises sur financement de l’Unicef ont été remises aux relais communautaires dans les communes de Sinendé, de Parakou et de Nikki afin d’accompagner la lutte dans les villages par les sensibilisations et les dénonciations des cas de mariages des enfants.
Il y a quelques semaines, précisément au mois d’octobre 2020, nous avons effectué une descente dans toutes les communes du Borgou afin d’échanger avec les élus locaux et les comités communaux de protection de l’enfant sur les questions des droits de l’enfant en général et sur le mariage des enfants en particulier. Au cours de cette mission, nous avons profité pour rencontrer individuellement certains Imams pour voir la situation des registres mis à leur disposition par l’Unicef et les encourager à poursuivre les sensibilisations. Il importe de poursuivre la sensibilisation au niveau des dignitaires religieux qui doivent utiliser les registres mis à leur disposition par l’Unicef, pour s’assurer de la majorité requise des futurs époux avant de procéder à leur mariage. Il faut préciser que ces registres sont destinés à recueillir des informations sur les futurs mariés pour s’assurer, entre autres, de ce qu’ils ont l’âge requis pour entrer dans les liens du mariage.

Etes-vous satisfait des résultats obtenus par vous et votre équipe ?

L’écrivain Romain Rolland a dit « Rien n’est fait tant qu’il reste quelque chose à faire ». Dire que nous sommes satisfait ne rimerait à rien, tant le phénomène est encore là et frappe à l’œil. Nous avons travaillé et nous poursuivons la lutte au quotidien en dépit de tous les écueils dont les pesanteurs socioculturelles au niveau de nos différentes communautés. Mais nous voudrions nous réjouir de ce qui se fait déjà et qui augure de meilleurs lendemains pour assurer la jouissance effective des droits de l’enfant dans le Borgou. En maintenant la dynamique en cours dans le département, il y a fort à parier que nous sonnerons le glas de ces fléaux qui entravent l’épanouissement de l’enfant dans le département.

Quelles actions y a-t-il encore à mener pour éradiquer le phénomène ?

L’expérience dans la lutte contre la violation des droits des enfants nous permet de constater qu’il faut appuyer désormais sur d’autres leviers pour accompagner efficacement cette lutte. Nous avons jusque là orienté nos actions vers les élus, les têtes couronnées et les dignitaires religieux. Nous pensons qu’il faut à présent impliquer les parents et les amener à prendre la mesure de l’enjeu. Toutes choses pour obtenir leur adhésion aux fins d’éventuelles dénonciations des cas de violences faites aux enfants. Ce qui ferait appel à d’autres acteurs dont les autorités judiciaires. La sensibilisation devra s’accentuer désormais au niveau des communautés, des parents afin qu’ils puissent concilier la coutume et le droit positif pour préserver les droits des enfants.

Cette année, cela fait 30 ans que le Bénin a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant. Quels messages avez-vous à l’endroit de vos administrés et des Béninois en général à l’occasion du 20 novembre 2020, ‘’Journée mondiale de l’Enfant ’’ ?

Comme l’a dit le poète William Wordsworth, « l’enfant est le père de l’homme », pour signifier que l’enfant est le produit de ses habitudes et de son comportement dans son enfance. Nous devrions donc essayer de lui donner de bonnes valeurs, car seul un homme bon peut créer une société meilleure. L’enfant est l’avenir de toute nation, le sol sur lequel nous marcherons toute notre vie. Cependant, c’est un être vulnérable qui a besoin d’être protégé contre toutes les formes de violences et d’évoluer dans un environnement qui favorise son bien-être mental, moral, physique et psychique. Si ceci n’est pas fait, il risque d’être un danger, un destructeur de sa société au lieu d’en être un constructeur, tant il est difficile de se remettre d’une enfance malheureuse.
Eu égard à tout ce qui précède, nous voudrions inviter les uns et les autres à avoir un regard bienveillant vis-à-vis des enfants et à œuvrer pour leur plein épanouissement.

Entretien réalisé par Hippolyte DJIWAN
(UNICEF-BENIN)

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