ENQUETES /Accès non réglementé des mineurs aux maisons carcérales en république du Bénin: Des enfants en stage libre pour la prison

Accès non réglementé des mineurs aux maisons carcérales en
république du Bénin

Des enfants en stage libre depuis leur naissance pour la prison

(Des témoignages horribles sur le cas de la prison civile de Porto-novo)

En dehors des personnes adultes qui sont admises dans les maisons carcérales pour des raisons de détention ou de visite aux parents ou amis détenus, il se trouve
que des enfants de tous âges fréquentent aussi ces lieux pénitenciers et ce, dès leur naissance pour la plupart. Un constat qui nous a amené à creuser davantage cette question en allant au cœur
du système tout en partant des occasions qui favorisent la grossesse de ces femmes détenues pour découvrir comment elles parviennent à accoucher. Et surtout, cette enquête a permis de révéler le
grand danger auquel sont exposés ces enfants qui n’ont plus la peur de la prison du fait de leur fréquentation et des scènes horribles qui constituent désormais leur quotidien. L’on peut bien
imaginer, en partant de ce cas du Bénin, le contraste créé ainsi entre ce que l’enfant constitue pour l’avenir et ce qu’il apprend inconsciemment dans ces prisons au niveau de certains pays
d’Afrique, voire ce que certains d’entre eux sont devenus par la suite.

Sylvestre Sossou

Après l’heure de l’école le soir, l’un des minibus spécialisés dans le transport d’élèves dans la ville de Porto-novo dépose ce vendredi 30 avril 2010, ses derniers
passagers devant la prison civile de la capitale du Bénin. Deux enfants dont les âges varient entre huit (8) et douze (12) ans y sortent. « Tu viens nous chercher ici lundi hein » lance le plus
âgé au conducteur qui répond positivement par un mouvement de tête à cette requête des petits écoliers et qui laisse comprendre qu’il en est habitué. Les deux enfants franchissent le portail de
cette prison sans la moindre interrogation des agents filtrant les entrées sur ce portail. « Ils ont leurs parents là » explique un riverain de cette prison et qui connaît bien les enfants dont
il est question ainsi que leurs parents. Des recoupements faits au niveau des habitants de ce quartier abritant ladite prison, il s’est révélé que les deux élèves comme beaucoup d’autres enfants
étant de la même situation y passent le week-end avec leur parent détenu. Les deux enfants auraient leur mère détenue dans cette maison carcérale depuis plus de cinq (5) ans environ et auraient
perdu leur père avant même la mise en détention de la femme. C’est ainsi que presque tous les jours, depuis des années, ils sont tenus de passer leurs temps de repos auprès de leur mère dans
cette prison.

Des enfants désormais vaccinés contre la peur de la prison

« Ces enfants voient tout » nous confie le conducteur du minibus que nous avons repéré quelques jours après et qui s’est révélé, compte tenu des informations qu’il
détenait, le plus grand confident de ses enfants. « Un jour, je les ai accompagné pour retirer la mensualité du transport auprès de leur mère quand j’ai été horrifié par de multiples images que
je voyais et qui m’ont mis mal à l’aise toute la journée » nous apprend ce conducteur. « J’ai vu un vieux nu voulant répondre à la visite d’un parent et qui se faisait taper aux dos par ses
collègues prisonniers……… j’ai vu des prisonniers aux corps remplis de teignes et qui me réclamaient de l’argent » ajoute celui-ci mais dont les effrois ont été atténués avec les confidences dont
lui ont fait part après les deux enfants. « Ces enfants m’ont dit que je n’ai rien vu et que ce sont les prisonniers pauvres qui sont sales. Le conducteur affirme avoir été surpris des
informations que lui ont servi les enfants en tentant de le convaincre de ce que les prisonniers qu’il a vus sont de pauvres gens, et que d’autres vivent bien là. Aussi les enfants, aux dires de
cet interlocuteur, ont affirmé qu’ils ont des amis dans cette maison carcérale, dont l’un s’appellerait ‘’Zembla’’ et qui leur donnent assez d’argent lorsqu’ils doivent reprendre les classes les
lundis. Ces informations reçues du conducteur du minibus ont été confirmées par d’autres sources proches de cette prison qui ajoutent que certains enfants sont nés dans cette maison carcérale et
y passent toute leurs journées depuis des années.

Des grossesses en milieu carcéral malgré l’interdiction stricte

De sources proches des responsables chargés de gestion de cette prison, les rapports sexuels, comme dans toutes les maisons carcérales, sont strictement interdits
entre détenus sous peine de lourdes sanctions. Ce qui devrait normalement empêcher, que des femmes détenues tombent enceinte dans ces pénitenciers. Seulement, cette règle est vite contournée par
une règle spéciale établie et appliquée discrètement par les responsables en charge de la gestion de ces maisons d’arrêt d’ après des explications données par une détenue pour une affaire de
coups et blessures volontaires, mère d’un bébé de huit mois et qui a été très largement explicite au cours d’un entretien organisé avec cette dernière dans la salle des visiteurs de cette prison.
« Ma grossesse est survenue suite aux multiples relations que j’ai pu entretenir avec mon mari qui vient passer toutes les journées des dimanches avec moi. Comme je ne peux pas avorter dans ces
conditions, j’ai gardé la grossesse et quand j’ai eu les premiers malaises, je me suis porté vers le major de la prison qui m’a fait suivre avec un papier dans une maternité pour le contrôle.
Lorsque cela s’est révélé positif, j’ai suivi grâce à ses instructions écrites, les consultations prénatales jusqu’à l’accouchement » a-t-elle raconté avant de reconnaître qu’il lui a été très
difficile de supporter cette grossesse dans cette situation quant bien même les autres collègues lui viennent de temps en temps en aide. Elle s’est rappelée surtout de ‘’cette nuit de douleur’’
qu’elle aurait passé dans cette prison à l’approche de l’accouchement. « J’ai failli perdre mon enfant puisque la sage-femme m’a dit après que j’ai eu une grande chance parce qu’accouchement
devrait avoir lieu à trois heures au lieu de six heures quarante six minutes, donc un retard de plus de quatre heures pendant lesquelles, le bébé avait déjà presque sorti sa tête. En ce moment
raconte-elle, leur cellule était déjà fermée et il n’y avait plus de possibilité pour l’aider à accoucher. Cette option permet seulement à ceux qui ont les moyens d’en profiter pour tenir des
rapports sexuels avec leurs différents partenaires de l’extérieur d’après les explications de cette dame qui affirme avoir l’habitude de payer entre onze mille et treize mille francs Cfa Cfa pour
pouvoir passer toute la journée du dimanche avec son mari dans un enclos aménagé pour ce principe où l’on doit parfois faire face à la spéculation lorsque les demandes sont fortes.

Des rapports sexuels à l’image des animaux

Du fait de manque de moyens pour faire face à la règle permettant des relations confortables entre partenaires dans ces ‘’chambres aménagées’’ de la prison,
d’autres circonstances sont l’occasion de s’offrir des séances de réjouissance par des actes sexuels sauvages et qui finissent parfois par des grossesses, à en croire cette autre femme rencontrée
avec une grossesse de six mois d’après ses déclarations alors qu’elle était à deux semaines de sa libération : « J’ai eu ma grossesse à l’occasion d’un rapport que j’ai eu avec mon ami détenu
comme moi lors d’une messe célébrée dans le culte de la prison….. comme on était derrière, j’avais tellement envie que je suis allée m’asseoir sur lui et c’est ainsi qu’on s’est satisfait » nous
révèle la jeune dame encore en détention pour quelques jours au moment de l’entretien. D’autres témoignages donnent informent sur d’autres circonstances par lesquelles, les détenus réussissent à
contourner l’interdiction de la tenue de rapports sexuels entre détenus. « La journée mondiale des prisonniers est l’une des occasions par lesquelles, les détenus ‘’s’accouplent’’ informe une
vendeuse de la prison et qui nous a révélé avoir eu d’enfant grâce à ces relations avec un détenu grâce à qui, elle a pu accoucher dans sa vie après de nombreuses tentatives infructueuses. « Les
prisonniers qui n’ont pas les moyens de payer pour la chambre guettent habituellement cette journée mondiale dédiée aux prisonniers pour tenir des rapports sexuels mais en restant debout et avec
un minimum de discrétion. Les séances de prière organisées régulièrement par les religieux sont aussi des occasions d’or pour ses amoureux indigents de satisfaire leur libido et qui, parfois,
finissent par des grossesses renchérit une source proche de la direction de cette prison et qui ajoute qu’il y a des enfants nés et dont les pères sont inconnus. Ces genres de cas sont souvent
gérés par les services sociaux animés par les religieux qui viennent régulièrement dénombrer et prendre en charge ces bébés.

Un privilège anti-éducatif aux enfants de l’extérieur

Les témoignages glanés ça et là n’ont pas permis de vérifier si effectivement comme il a été affirmé par les responsables de la prison, les enfants en situation
d’allaitement ne dorment pas avec leurs mères dans les cellules. La source crédible proche du greffe du tribunal de première instance de Porto-novo a confirmé l’information selon laquelle, les
bébés sont allaités par leurs mères grâce à une parente ou proche de la famille d’un des parents qui vient tous les matins à six heures permettant ainsi l’allaitement du bébé et aussi d’autres
soins que voudrait apporter la mère à son enfant. L’innocent être rejoint la parente à dix huit heures, l’heure de la fermeture des cellules, restant ainsi orphelins de mère pendant la nuit et
sur toute la période de détention de sa maman. Dans les cas urgents, un privilège est accordé à la mère qui reste dans une salle de la résidence du régisseur sous le contrôle des gardes. Mais, il
est permis aux enfants de rester avec leurs mères détenues, pendant la journée. Certaines d’entres elles se permettent même de faire promener leurs enfants dans le bâtiment où le manque d’hygiène
est devenu chose normale. Une occasion de faire passer l’âme innocente entre plusieurs mains ainsi exposée à toutes sortes de maladies confie une détenue, coiffeuse condamnée pour avoir châtié
son propre enfant et qui a affirme avoir été témoins de mères admises après dans des centres psychiatriques après avoir fait des mort-nés suite à des manques d’assistance. Ceux des enfants qui
ont déjà un âge avancé vivent toutes les scènes horribles que l’on peut imaginer dans une prison ajoute-elle en racontant la mésaventure d’une fille qui a été témoin de la tentative
d’étranglement de sa mère par une codétenue. A la vue de cette scène, la fille est tombée en syncope où elle a dû suivre en urgence des soins avant d’être évacuée dans le centre hospitalier de
Porto-novo pour des soins de spécialité. Et depuis ce jour, cette fille n’est plus venue voir sa maman jusqu’à la libération de cette dernière conclut-elle. « Il y a des enfants qui voient ces
scènes tous les jours et qui n’en sont plus inquiétés reconnaît une responsable de bâtiment, détenue elle aussi. « J’ai peur pour l’avenir de ces enfants affirme-t-elle avant de regretter cette
perméabilité offerte aux enfants de venir comme tout le monde à la rencontre de ces images anti-éducationnelles et qui peuvent conduire certains d’entre ces enfants à suivre ces mauvais pas. Un
détenu explique le cas d’un homme ayant fait près d’une quinzaine d’années dans cette prison où il a fait tous ces enfants. « Ces enfants n’ont pas connu une autre cour que celle de la prison
dans la majeure partie de leurs journées durant la période de détention de leur père…. et bien que le père soit libéré, les aînés de cet ancien détenu sont devenus des garçons de course pour
plusieurs détenus où on les voit régulièrement dans cette maison où leur père avait subi ses peines d’emprisonnement ». il ajoute que la menotte, les pairs de gifle et autres actes inhumains
menés régulièrement sur les prisonniers et bien souvent aussi entre prisonniers n’effraient ces enfants qui ne voient plus ces faits comme des scènes mais comme des pratiques normales pouvant
arriver à tout moment à l’être humain. Celui-ci affirme également qu’une mineure se trouverait actuellement en détention après s’être mise au service d’une détenue avec l’aide de qui elle aurait
réussi dans un premier temps à dérober une petite vendeuse de ses tissus.

Des jeunes en plein exercice de la grande délinquance

Pour mener son forfait, elle aurait offert une pomme dans laquelle, elle avait auparavant injecté une substance ayant prolongé la pauvre victime dans un sommeil de
plusieurs heures. ‘’Jonas’’, un enfant aujourd’hui récupéré qui dit avoir l’âge de treize (13) ans, a son papa en détention depuis six ans. N’ayant plus de parent à ses côtés du fait de la fuite
de sa maman qui serait aussi recherché par la justice pour les mêmes faits ayant maintenu le père dans les liens de la détention, Jonas, rencontré au foyer des enfants abandonnés ou orphelins de
l’Ong Autre Vie nous raconte qu’il allait régulièrement voir son père pour l’aider dans certaines courses vers ses amis. « Je suis rentré dans la prison un jour avec une casquette que je devrais
rendre à mon père quand quelqu’un m’a demandé à l’entrée de cette prison de fuir et de jeter loin le chapeau» explique-t-il. Selon le directeur exécutif de l’Ong autre Vie, Jonas a été récupéré
après plusieurs nuits passées à la belle étoile. Il a été détecté par les ambassadeurs des droits des enfants, (une section de l’Ong chargée de prendre connaissance de nouveaux cas d’enfants
abandonnés ou en situation difficile), qui l’a ramené dans le foyer. Ce responsable ajoute que c’est suite à plusieurs semaines d’interrogations douces qu’il a pu leur donner des informations sur
son père et la raison pour laquelle, il lui était demandé de jeter le chapeau. Le père de Jonas, d’après les explications données par l’Ong Autre Vie, serait pris en flagrant délit de
commercialisation de drogue dans sa maison. Une activité qu’il mènerait avec toute la famille. L’absence de la femme le jour de la présence de la police a permis à cette dernière d’échapper à la
justice. Bien qu’étant en prison, le père continuerait ladite activité avec l’aide de son enfant aîné, Jonas, qui se servait désormais de pont de liaison entre les fournisseurs et son papa ayant
développé un autre réseau de vente du produit dans cette maison carcérale. Ce qui a été découvert par les agents de sécurité, qui auraient par la suite imposé un régime spécial à ce détenu tout
en cherchant à mettre la main sur les complices. Jonas aurait échappé à son arrestation grâce à un autre complice qui lui a soufflé de s’en fuir et ce fut le jour où il a abandonné par
contrainte, sa fréquentation de la prison. Selon le président du centre de recherche et d’éducation pour les droits humains (CREDH ), il est nécessaire que le législateur pense à protéger ces
enfants en évitant leur contact avec le monde de la vie pénitentiaire. M. Nicaise Azomahou ajoute que si des dispositions ont été prises pour protéger les mineurs en conflits avec la loi dans les
prisons où leurs quartiers sont séparés de manière à ce qu’ils ne prennent pas connaissance du monde des aînés de même situation, ce n’est pas les enfants qui n’ont aucune confrontation devant le
juge qui seront exposés à ces déviances de la vie. Cet homme intervenant dans la défense des droits déplore aussi le manque de dispositions dans les textes relatifs à la promotion des droits de
l’enfant pouvant contraindre les uns et les autres à éviter l’enfant la perception de ces images horribles en milieu carcéral. Un responsable de la communauté islamique ahmadiyya du Bénin,
fréquentant régulièrement cette maison pour des séances de prière et de distribution de vivres affirme que c’est une école de contre modèle, l’accès des enfants aux lieux de détention. Après
avoir raconté plusieurs cas d’enfants actuellement en détention au quartier des mineurs suite à la fréquentation des lieux depuis leur naissance, où suite à l’incarcération d’un membre de leur
famille, un responsable des détenu, présenté comme l’un des doyens de cette maison carcérale finit en disant que la fréquentation régulière permise aux enfants mineurs dans les mêmes conditions
que les adultes est une malheureuse opportunité offerte à la plupart d’eux de s’imprégner des grandes méthodes de mauvaises pratiques. Il révèle aussi que ceux-là sont après, comme une main
d’œuvre aux adultes ne pouvant plus faire des ‘’descentes’’ sur le terrain pour cause de vieillesse. Passant ainsi le relais à ces innocents désormais aguerris. «C’est des stagiaires dont les
performances dépassent parfois celles de leurs maîtres » ironise ce doyen des lieux mais qui insistent sur la véracité de tous les propos qu’il a tenus sur les cas d’enfants fréquentant cette
prison et qui se retrouvent après dans le quartier des mineurs.

Publié par Agence Presse Relais 

 

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