Entretien avec papa da SILVA sur la fermeture des frontières Nigérianes: « Il n’y aura jamais de conflits entre le Bénin et le Nigéria »

(Le Nigéria ne peut pas prendre le risque de nous affamer dixit le doyen)

Un groupe d’hommes des médias s’est rendu vendredi 30 août dernier au domicile du doyen Urbain Karim da SILVA, l’un des rares hommes politiques du Bénin qui maitrise les réalités politiques nigérianes.
C’est donc vers ce vieux routier des couloirs du géant de l’Est, que nous nous sommes tournés pour exposer notre principale préoccupation, et recueillir ses impressions.
Quel lendemain pour les relations entre le Bénin et le Nigéria avec la fermeture des frontières par notre voisin depuis quelques jours ? Déjà sur le terrain on peut constater quelques conséquences économiques et sociales pour le Bénin. Plusieurs activités de notre économie dépendent du Nigéria tant pour ce qui est de l’approvisionnement de produits vivriers, et manufacturés pour l’alimentation, de matériels et matériaux que de nombreux biens d’équipements, services et fournitures.
Les différentes réponses données par le sage laissent croire que tout reviendra à la normale eu égard aux liens, politiques séculaires et ethniques, et à la solidarité qui unissent les deux pays.

Malgré son âge très avancé, le nonagénaire Urbain Karim da SILVA dont la génération devrait être en décalage avec les réalités technologiques de l’heure, en a étonné plus d’un, par sa maitrise des nouveaux outils de communication, défiant même ceux qui sont en mesure de s’adapter facilement aux NTIC.
Vendredi dernier, franchissant le lourd portail du patriarche, nous l’avons aperçu dans son hall relooké, parcourant sur sa tablette, les différentes pages web relatant l’actualité.
Le texte sur lequel nous l’avons surpris avait, curieusement, rapport avec le sujet principal de notre visite : le Nigeria.
A la question de connaître son appréciation de la situation actuelle entre le Bénin et le Nigeria, le vieux garde le silence pendant quelques minutes avant de nous répondre :
« Ce qui se passe, en ce moment, entre le Bénin et le Nigéria, est très sérieux et profondément préoccupant. Jamais, je ne me suis imaginé que des gens, comme vous, pourraient s’apercevoir que c’est une situation avec laquelle nous n’avons pas le droit de nous amuser. Ce jour, (NDLR : vendredi 30 août 2019), j’ai découvert, sur le site du journal américain “The New-York Times”, une information qui m’a inquiété davantage parce qu’elle rapporte que le Bénin serait devenu la prochaine cible des terroristes et que, ceux-ci cherchent même à s’installer ici, chez nous. C’est une information très grave, s’agissant de notre sécurité… » … « …Honnêtement, je ne nous comprends pas. En tout cas, que Dieu protège le Bénin ! ».
Revenant à la question posée, il affirme, je cite :
« En ce qui concerne le Nigéria, je suis assez bien placé pour me prononcer à cause des relations que j’ai entretenues, par le passé, et que je continue d’ailleurs, à entretenir, avec des cadres du Nigéria et surtout avec de hautes personnalités de ce Grand, Grand, Grand voisin de l’Est. Je suis un vieil homme certes, mais les souvenirs sont encore là, vivaces dans ma tête… En politique, on n’écrit pas ce qu’on veut faire. Quand on écrit en politique, c’est qu’on s’est déjà préparé à agir. Je suis très inquiet ». Fin de citations.
Le nonagénaire, il faut le préciser, est l’un des rares Béninois à avoir réussi une intégration profonde des milieux politiques et instances de décision du Nigeria.
Il nous a replongés, dans les multiples situations politiques survenues par le passé, entre le Bénin et le Nigeria, où les deux pays ont toujours fait montre, d’un devoir de solidarité et d’assistance, en évitant parfois le pire, pour le bonheur des deux peuples.

Fermeture des frontières du Nigeria avec le Bénin, guerre des arguments et des arguties selon le doyen
A propos des informations qui circulent depuis la fermeture des frontières, le doyen da SILVA avertit, je cite :
« Dans le débat politique, il y a ce qu’on appelle les arguments et les arguties.
Les arguments, c’est ce qui est justifié quand on veut expliquer ce que l’on peut faire ou ce que l’on va faire.
Les arguties, c’est ce qui sert à justifier l’injustifiable.
Et de poursuivre : « A la vérité, il ne doit jamais y avoir de conflit, entre le Nigéria et le Bénin, parce que ce sont deux pays condamnés à vivre ensemble. Ils sont solidement imbriqués l’un dans l’autre sur tous les plans d’ailleurs. Nous avons en commun plus de 1200 Km de frontières terrestres. Il y a des maisons de notre pays qui ont leur salon au Bénin et la chambre à coucher au Nigéria. Et ceci, vice-versa. Cela suffit largement pour qu’on puisse se comprendre.
Le Nigéria nous considère, comme un de ses Etats, quand bien même nous sommes une Nation souveraine depuis 1960. Pris comme tel, le Nigéria ne peut pas prendre le risque de nous affamer. Je dis non !
C’est ce que nous nous sommes dit depuis des temps immémoriaux, que ce soit au sein de la CEDEAO, ou des autres organisations qui nous rassemblent. Le libre passage des personnes et des biens fait d’ailleurs partie des principes que nous avons retenus de commun accord.
Ces deux pays se sont plusieurs fois donné la main pour se secourir et s’entraider.
Samuel S. G. Ikokou, Muhammad Dicko YUSUFU, Moshood Abiola, Ibrahim Babaginda, et Sanny Abacha, sont autant de figures emblématiques avec lesquelles nous avons établi des relations solides entre le Bénin et le Nigéria.
Et, tout récemment, le Général Olusegun Obasanjo est celui avec lequel nous avons beaucoup œuvré pour consolider les relations entre notre pays et son grand voisin de l’Est. On ne peut pas se taire et voir se détériorer de telles relations aujourd’hui.
Bien que la production d’énergie électrique ne couvre pas suffisamment tout le pays, le Nigéria en a gracieusement offert au Bénin dans le cadre d’un accord-cadre de coopération. C’est ça la centrale électrique que vous avez à Sakété.
La sucrerie des 3S à Savè, la cimenterie d’Onigbolo et bien d’autres réalisations sont les œuvres du Président Obasanjo, pour le Bénin, à notre demande, de notre époque révolutionnaire, où le colon, pour nous asphyxier, avait choisi de nous priver d’investissements. Sans oublier des numéraires donnés gratuitement par le Nigéria au Bénin pour plus de vingt millions de dollars.
Lorsque les mercenaires ont attaqué le Bénin en 1977, plus précisément le 16 janvier, ce sont les nigérians qui ont été les premiers à donner l’alerte qui a réveillé notre armée avec à sa tête le Grand camarade de lutte le général Mathieu Kérékou et les mercenaires ont été mis en déroute.
C’est le Nigeria qui surveillait la côte en ce temps-là, et s’était mis en charge de notre sécurité sans que nous y ayons trouvé à dire ou à redire.
Le Bénin, également, n’a pas été en reste dans le cadre de cette coopération bilatérale avec le Nigéria.
Les collaborateurs du Président Obafèmi Awolowo qui autrefois fuyaient les troubles politiques au Nigéria ont pu se réfugier au Ghana grâce à des Béninois dont votre humble serviteur. Ceux d’entre eux qui sont encore vivants doivent s’en souvenir, se le rappeler cela et peuvent témoigner.
J’ai touché, tout cela, du doigt, comme je vous vois, parce que j’y ai participé. Et, comme j’ai eu à le dire, c’est encore, avec l’aide du Nigeria, qu’un comité ad hoc de béninois et nigérians a réussi à obtenir du Général de gaulle, la cessation des essais nucléaires dans le Sahara. J’étais le rédacteur de la lettre et les autres membres du groupe, à l’époque, étaient Samuel IKOKU, Ayo OBASANJO, Ibrahim BELLO dit DAMZ et M. D. YUSUF. Si le Général de GAULLE n’avait pas été touché par cette lettre que nous avions refusé de traduire, Dieu seul sait où nous en serions tous aujourd’hui.
Le Bénin a, chaque fois, fait de son mieux, et cela a toujours marché pour éviter que l’occident ait à implanter une base militaire dans notre pays, contre donc le Nigéria, ou pour menacer sa suprématie.
Les Béninois, ont toujours été présents, aux côtés des Nigérians, chaque fois que cela fut nécessaire, et quelle que soit l’épreuve ! Véritablement, ce sont deux pays frères. Il existe des indications que l’on peut constater qui confirment cette fraternité.
Prenons Badagry par exemple, c’est une localité nigériane, proche du Bénin, qui compte des millions de gouns, et des anciens candidats à la présidence du Nigéria portent des noms comme TOFA, KIDIGBE, et GANGBO, à consonance Béninoise.

“Entre le Nigeria et nous, on ne peut jamais mettre le doigt ».
Il y a la nécessité d’un ministère en charge des relations avec le Nigeria qui s’impose, selon le doyen da SILVA :
Jetant un regard différent sur ce qui pourrait justifier cette mesure brusque du Nigeria de fermer ses frontières, le vieux da SILVA cite l’adage qui veut que ‘’Quand un enfant commet une faute, c’est à son papa qu’on se plaint. On ne se jette pas sur lui n’importe comment en se mettant à le bastonner’’.
Le vieux revient sur ses anciennes analyses et ses suggestions pour renforcer les liens entre les deux pays en disant qu’il est important qu’on revoie les cadres d’échanges entre le Nigéria et le Bénin. « J’ai toujours insisté sur une chose : la création d’un ministère spécialement chargé des relations avec le Nigéria. Les gens ont toujours cru que c’est un ministère de plus et que j’hallucine. Non !
Avec ce Ministère qui serait rattaché à la Présidence et qui s’occuperait du suivi rigoureux de l’exécution des accords entre les deux pays, on pourrait déjà régler beaucoup de problèmes ».
Il ajoute : « Je persiste et je signe. Le Bénin est l’Etat francophone du Nigéria. C’est un atout énorme et il faut en tenir grand compte dans le contexte actuel où il est question de monnaie unique (Eco), de passeport de la CEDEAO et de la Zone de libres échanges économiques (Zlec).
Le Nigéria est notre grand, grand, grand, grand voisin dont on ne peut pas se passer, si nous voulons réellement nous développer »

Le doyen à propos des résistances du Bénin contre les tentatives de fragilisation du Nigeria
« Je fais partie des gens qui ont toujours lutté pour qu’on n’attaque pas le Nigéria à partir du Bénin.
Quoi qu’il arrive, nous devrions pouvoir nous assoir et trouver, entre nous, les solutions appropriées, surtout que nos deux pays sont complémentaires quand bien même l’un est plus puissant que l’autre, sur les plan économique, militaire, et beaucoup d’autres.
Ensemble on est toujours plus fort et le plus faible est parfois d’une utilité importante, voire vitale. Pour rappel, et je le répète ici, nous avions lutté en son temps avec d’autres compatriotes béninois contre l’installation au Dahomey d’une base militaire occidentale parce que nous réalisions alors le danger qu’un tel état de choses représentait pour le Nigéria.
Il faut donc que les gens s’en souviennent et acceptent la main tendue du Président Talon pour une rapide sortie de crise.
C’est tout le pays qu’il faut prendre en considération, d’autant plus que les relations entre nos deux nations n’ont pas été tissées par des êtres humains, mais par la nature qui a voulu que les deux pays soient voisins et donc condamnés à vivre ensemble. De cela il faut en conclure que nos relations avec le Nigéria sont surtout naturelles et nous devons les préserver coûte que coûte.
Quand le Président Obasanjo envoyait des Ambassadeurs au Bénin, il leur disait toujours qu’ils vont chez eux pour les intérêts du Bénin et du Nigéria et non en pays étranger.
La grande majorité des rois du Bénin de l’ère culturelle Ekaaro Edjiiré fait une partie des cérémonies d’intronisation au Nigéria. Pourquoi devrions-nous donc nous opposer, s’il y a tant de choses qui nous lient ?
Je pense qu’il est important qu’on mette tout sur la table et qu’on en discute. Il urge qu’on aille à la table des négociations pour revisiter tout ce passé qui nous unit et repartir sur des bases saines et profitables pour nos deux nations. C’est le sens de l’appel patriotique que je lance aux Présidents Talon et Buhari… »
En concluant cet entretien avec nous, le doyen da SILVA croit fermement qu’au regard des relations naturelles que les deux pays partagent, une issue rapide sera trouvée dans l’intérêt des uns et des autres. Et surtout, tout en évitant de nous dire ce qu’il fait déjà sur le sujet, il nous affirme : « J’ai l’âge de me sacrifier pour mon pays et c’est justement la raison pour laquelle je salue votre démarche. Je ne dirai pas à vous ce que je peux faire pour aider le gouvernement à sortir de la crise qui oppose en ce moment le Bénin et le Nigéria, mais je le dirai en temps opportun à qui de droit ».

Avec Sylvestre SOSSOU/Le Coopérant

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