Galiou Soglo à propos de la crise économique : «Il y a des gens dans l’entourage du Chef de l’Etat qui ont conduit le pays dans son état actuel, le gouffre»

S’il y a une chose sur laquelle tout les béninois s’accordent, c’est bien la crise économique que traverse le pays. Galiou Soglo, ancien ministre de la Jeunesse est des Sports puis de l’alphabétisation sous Yayi I, fait le diagnostic de cette apocalypse socio-économiste. En bon économiste financier, le cadet des Soglo fait des propositions après avoir situé les causes, les responsabilités, les auteurs de la triste situation qui a fait dit au Chef de l’Etat lui-même : «  Nous sommes les derniers de la sous-région. » Voici son interview

Monsieur le ministre, les voyants de l’économie béninoise sont aux rouges.  En tant qu’économiste et  ancien ministre du pouvoir Yayi, dites nous les goulots d’étranglement qui entravent l’émergence de l’économie nationale ?

 Merci. L’heure  est grave au Bénin.  Monsieur tout le monde sait que ça ne va pas dans notre pays. Au niveau de la sous région ouest africaine, mon pays est  actuellement dernier dans le classement de l’UEMOA, selon des chiffres de la BCEAO. Nous sommes derrière le  Niger, un pays enclavé, le mali un pays en guerre, la Sierra Léone un pays qui ploie sous les séquelles de la guerre civile.  C’est  impensable pour un pays aussi riche que le Bénin et nanti d’économistes financiers  huppés et très côté dans les arcanes de la BCEAO et des finances internationales. Dans le classement  de la Société financière internationale (SFI) le Doing business international,  le Bénin fait partie des pays qui ne sécurisent  pas l’environnement des affaires dans le monde.  En fait, le premier goulot d’étranglement de notre économie est notre mentalité. Tant qu’on ne met pas notre patriotisme au cœur de nos actions, on ne pourra pas franchir le cap qu’il faut.  Il a fallut un génocide pour que les Rwandais se retrouvent autour d’un idéal pour le développement de leur pays. Je ne souhaite pas un Printemps arabe à la béninoise, mais face à l’amenuisement des ressources, cette révolte des classes opprimées est à craindre. Le régionalisme domine dangereuse la gouvernance publique.  Les recrutements dans la fonction publique sont fondés sur ce principe sectaire  qui ne garantit que l’effritement  de l’unité nationale. Notre système éducatif ne répond pas aux exigences du marché de l’emploi.

Monsieur le ministre, face à l’urgence que faut-il faire pour remonter la pente ?

Nous passons d’une crise conjoncturelle due aux  chocs  exogènes de  la crise financière internationale pour  s’engluer dans une crise structurelle. Si on prend l’exemple de la crise cotonnière, c’était une crise conjoncturelle  liée  aux subventions des pays du Nord à leurs producteurs. Ce qui causait un déséquilibre sur le marché  objet de plaidoirie devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Du fait que la crise cotonnière  perdure   au Bénin depuis 1996 en dépit des réajustements au plan international m’amène à dire qu’il y a un problème structurel dans le secteur. Depuis l’ère des indépendances, on sait que les  seules recettes fiscales du Bénin proviennent du Coton et du Port autonome de Cotonou. Donc le vrai défi des dirigeants de ce pays est de travailler à consolider ces secteurs névralgiques de l’économie et entrevoir le développement d’autres secteurs pourvoyeur de devises pour le pays. Le taux de croissance de la population béninoise est de 3% alors qu’il y a une stagnation de la croissance économique, plus une évanescence des finances publiques.  La situation que nous vivons au Bénin est explosive et dramatique. C’est fort de tout ce qui précède, que je proposais lors de mon passage sur Golfe TV, une conférence économique nationale. Telle  la conférence des forces vives de la Nation en février 1990, les décisions de cette assise seront souveraines et devront s’imposer au Président de la République. Je ne parle pas d’un forum économique et social tel annoncé par le pouvoir en place. Un forum ne saurait juguler la crise car les décisions qui en sortirait ne pourrait être imposées au pouvoir comme boussole pour sa politique économique. Les fora, on en compte par centaine mais ils n’ont pas le mérite de confirmer le paradigme. Les propositions de cette conférence économique devront être souveraines.

Monsieur le ministre, des propositions concrètes ?

Le Bénin n’est qu’un pays d’importations. A ce rythme, il ne pourra créer de la richesse ni de l’emploi. Avant la guerre, la Côte d’Ivoire était un poumon économique de la sous région parce que ce pays a su développer une riche filière de café- cacao et de banane. L’agriculture a été le fer de lance du développement de ce pays. Aujourd’hui, quel est l’état l’agriculture béninoise ? C’est la catastrophe pour un pays dont la superficie est à plus de 60% arable.  Depuis que le Président  Nicéphore Soglo a pris trois ans de son seul mandat pour relancer la filière coton, qu’a fait les gouvernements successifs jusqu’à ce jour pour développer une autre filière agricole ? La sécurité alimentaire n’est pas garantit. On laisse les autres filières dans la main des indo-pakistanais. Et on tire la seule filière coton vers le bas. On peut développer une bonne filière ananas, une filière mange, une filière karité, une filière acajou… La filière palmier à huile n’est pas trop possible car il n’est plus un secret pour personne qu’avec les changements climatiques, la pluviométrie  au Bénin est faible incapable de lessiver les terres pour cette culture. En somme, il convient de travailler à diversifier notre agriculture  afin d’assurer la sécurité alimentaire et de développer les cultures industrielles.  Un secteur culturel dynamique peut être développé comme c’est le cas en Tunisie et dans bien d’autres pays de part le monde. Le Bénin doit investir dans la sauvegarde de son patrimoine afin d’asseoir des industries culturelle. Si la France est aujourd’hui le pays le plus visité du monde, c’est à cause de sa politique culturelle  qui fait beaucoup d’entrée de devises. Mais avant tout, il  qu’à partir de la conférence économique nationale que je propose, qu’on arrive à la mise en place d’un arsenal juridique qui oblige l’Etat à accompagner les Petites et moyennes entreprises (PME). Il faut que le Bénin imite le Ghana et le Rwanda qui ont suivi le model américain en choisissant d’accompagner leur PME.  En 1957, les Etats-unis d’Amérique par une loi en faveur  des PME intitulé « Small business act », a décider de s’engager à aider les PME dans les domaines de la formation, la garantie et la caution bancaire, la recherche et le développement, la question fiscale, ceci sur une période de 25 ans. C’est cette loi qui a permis l’émergence de plusieurs firmes et entreprises américaines aujourd’hui très puissante. Il faut que le Bénin s’en inspire.  On doit le faire pour encourager les PME à passer de l’informel au formel  afin de garantir la sécurité sociale des acteurs et générer des devises pour les caisses de l’Etat. Il faut arrêter d’aller à des situations d’urgence.

Monsieur Galiou Soglo, vous avez été ministre sous le pouvoir Yayi, voulez vous nous dire que c’est sous ce pouvoir que la crise s’est accentuée ? Et dites nous qu’est ce que vous avez fait alors au gouvernement pour éviter cette situation chaotique que vous décriviez ?

 Une fois, en conseil des ministres j’ai averti que cette crise qui s’installait, arrive pour perdurer. Hélas ! Je n’ai pas été écouté. Vous dites que je suis économiste et financier, mais laissez moi vous dire que pendant que j’étais au gouvernement sous Yayi, on ne m’a jamais consulté pour une question économique. Dans un premier temps, on m’a limité à mon rôle de ministre de la jeunesse, des sports et des loisirs pour 16 mois et après à celui de ministre de la culture de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales. Ceci bien qu’on chantait la collégialité gouvernementale. Je n’ai pas été au cœur du pouvoir Yayi . Je ne suis pas un proche du Président de la République. Certes je l’ai connu en tant que conseiller technique quand mon père était au pouvoir mais cet état de chose n’a pas fait de relation privilégiée entre nous. Je suis entrée au gouvernement par la Renaissance du Bénin. Je ne suis pas des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) et quand j’étais au gouvernement je n’ai jamais participé à de leurs réunion. Il y a des gens dans l’entourage du Chef de l’Etat qui ont conduit le pays dans son état actuel, le gouffre.

Malgré le chaos, on assiste à une ruée des hommes politiques vers la mouvance présidentielle. Donnez nous votre appréciation de la recomposition de la classe politique.

 Vous savez bien que la politique au Bénin est décevante. Les politiques  de mon pays dénaturent l’art de gestion de la cité en  lui enlevant les valeurs morales qui doivent l’incarner. L’argent a pris le pas sur l’idéal à défendre. Les mutations sur la  scène politique sont symptomatiques de ce phénomène. Voyez comment les politiques corrompent la jeunesse avec de l’argent  alors que cette couche sociale qui induit le développement a besoin de voir son avenir garanti. La classe politique doit  redonner confiance à la jeunesse. Cette dernière ne croit  plus à l’argent puisque l’argent circonstanciel  ne ferait pas le bonheur des jeunes. J’ai géré le ministère de la jeunesse et je connais les besoins de cette couche sociale. Les footballeurs béninois vous diront que j’ai sécurisé leur vie lors de mon séjour dans ce ministère. J’ai géré la campagne de la Coupe d’Afrique des Nations de football 2008 et j’ai déposé un rapport entériné  en conseil des ministres. J’ai œuvré pour une loi pour le financement du sport mais les politiques ont mis trop d’entraves  à son avènement.  Cette loi créera plusieurs emplois pour les jeunes et développera le sport béninois.  Pour la jeunesse je me donne.

Laisser un commentaire

Commentaire(s)

OKOYA F.

1 Comment

  • C’est vrai que nous avons
    actuellement un sérieux problème économique mais l’origine de nos problèmes
    n’est pas seulement une mauvaise décision économique. C’est dû aussi à notre
    système politique. Notre système politique ne nous permet pas d’avoir une vision nationale globale au quelle de vrai
    parti politique devraient y travailler; nous n’avons que des partis politiques circonstanciels. Même les partis les
    plus illustrant ne sont que des clubs électoraux; On ne réfléchit que pour
    gagner les élections; mais pas de ce qu’on veut faire du pouvoir. Normalement,
    les partis politiques devraient être de vrai laboratoire d’idées où se
    planifie, se capitalise et s’actualise des projets de sociétés relatifs au vision nationale. Pour se faire
    nous devrons limiter nos partis politiques à trois partis permanents. Ainsi on
    aurait par là résoudre nos problèmes politiques, économiques, et sociaux. J’approuve
    donc la proposition du forum économique mais un forum économique devant aboutir
    à un plan économique national tout en rectifiant dans la constitution ce système
    politique qui nous maintien dans le surplace.    

     

Comments are closed.

Abonnez-vous à notre newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter

Rejoignez notre liste de diffusion pour recevoir les dernières nouvelles et mises à jour de notre équipe.

You have Successfully Subscribed!

%d blogueurs aiment cette page :