Histoire des guerres entre les royaumes d’Abomey et de Kétou : Un récit de Bâ Nondichiao complété par le Dr Arthur Vido

 Histoire des guerres entre les royaumes d’Abomey et de Kétou : Un récit de Bâ Nondichiao complété par le Dr Arthur Vido
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Les relations entre les royaumes d’Abomey (ex-Danxomè) et de Kétou n’ont pas été un fleuve tranquille. Elles ont été marquées par beaucoup de conflits ; les uns les plus sanglants que les autres. Les raisons de ces conflits sont parfois ridicules. Une affaire de coupure de vivres au roi Glèlè par son homologue Ojeku de Kétou a en effet déclenché une guerre dont Kétou a longtemps porté les stigmates.

 

Enquête réalisée par El-Hadj Affissou Anonrin

« L’histoire nous révèle deux principales luttes contre Abomey (ex-Danxomè). Kétou a certes livré plusieurs guerres, mais les plus farouches sont celles qui ont été livrées contre Abomey. Dans l’histoire, le roi de Kétou était ami au roi d’Abomey qui envoyait régulièrement une délégation pour rendre visite au roi de Kétou. Quand ceux qui arrivent veulent partir, ils se ravitaillent en produits vivriers. Un jour, le roi de Kétou, Ojeku, a dit à son ami d’Abomey de proposer à ses sujets de mettre aussi en valeur leurs terres d’Abomey pour ne plus faire souvent la navette pour venir chercher des produits vivriers à Kétou. Cette phrase du roi de Kétou a choqué son ami d’Abomey. Mais à contrario, ce dernier n’a nullement manifesté son mécontentement. Quelques temps après, le roi d’Abomey a demandé à son ami de Kétou quand est-ce que son armée sortira pour aller combattre ailleurs. Le roi de Kétou ne sachant pas que c’est un piège que son ami d’Abomey lui tendait, a répondu en disant que son armée ira à telle époque de tel côté pour faire la guerre afin de conquérir des terres », nous a confié le sage Nondichiao.
« Le jour J arriva. Au moment où l’armée de Kétou sortait pour aller faire la guerre, l’armée d’Abomey (ex-Danxomè) envahit Kétou. Ceux qui étaient là se sont débattus malgré eux. Mais en vain. Face à cette défaite que lui a infligée l’armée Danxoméenne, le roi de Kétou a précipitamment envoyé une commission à son armée qui est allée en expédition ailleurs pour venir défendre le royaume en danger. On était en 1886. Plus tard, en guise de lancement d’un défit à combattre, le Chef de l’armée de Kétou, nous les ordres du roi Okeju a envoyé une commission au chef de l’armée d’Abomey (ex-Danxomè) en lui disant que ses oiseaux ont profité de son absence pour manger son mil. Maintenant qu’il est là, ils n’ont qu’à se préparer pour la guerre et il les attend de pieds fermes », a ajouté notre narrateur.

Victoire par la ruse

« Il fallu attendre deux ans plus tard, c’est-à-dire en 1888, pour que l’armée d’Abomey (ex-Danxomè)  réponde à la provocation du Chef militaire de Kétou. C’était la 2è guerre la plus farouche qui a fait beaucoup de morts dans les deux camps. C’est par ruse que Abomey avait livré la première guerre. Par ruse toujours, l’armée d’Abomey a vaincu celle de Kétou grâce à la complicité d’un fils de Kétou qu’on appelait Arèkpa. Arèkpa s’est fait ami à Béhanzin qui était le Vidaxo de Glèlè et qui était en même son chef de guerre. Béhanzin a demandé à Arèkpa ce qui fait la force de Kétou et il est souvent difficile de le vaincre. Il n’est pas allé de mains mortes. Béhanzin a promis à Arèkpa tous les trésors de ce monde s’il livrait les secrets du roi de Kétou et de son royaume. Arèkpa ayant succombé aux promesses du prince Béhanzin a alors livré tous les secrets », a dit Bâ Nondichiao.

la porte magique de Akaba Idena
la porte magique de Akaba Idena

« A Kétou, il a été construit à proximité du palais royal le Akaba Idena, une sorte de cachette souterraine qui servait de rempart. Pour annoncer la fin de la guerre, un tam-tam résonne. Dès que vous entendez le son de ce tam-tam, la guerre est terminée et tout le monde peut vaquer à ses occupations. Quand le tam-tam a été joué, les populations de Kétou et son armée qui s’étaient réfugiées dans l’enceinte du Palais sont sorties. Elles n’avaient d’ailleurs plus de quoi manger. L’armée d’Abomey sous la direction du Vidaxo Béhanzin s’était planquée dans la cachette souterraine. Dès que les gens de Kétou sont sortis, les Danxoméens se sont jetés sur eux. C’est au cours de cet affrontement qu’ils ont enlevé la porte magique de Akaba Idena et l’ont emporté à Abomey. Les portes n’étaient pas des portes ordinaires. C’étaient des portes magiques par leurs fonctions. Les deux portes sont toujours laissées ouvertes. Quand elles se ferment c’est pour signaler quelque chose. Quand la porte mâle se ferme, c’est pour signaler qu’il doit avoir une guerre contre Kétou. Quand la porte femelle se ferme, c’est pour annoncer une catastrophe naturelle, genre famine, sécheresse, ravage des récoltes par les criquets, épidémie…Dans les deux cas, on consulte l’oracle et les dispositions sont prises. Lorsque les portes ont été enlevées par l’armée d’Abomey, elles servaient de couchette aux esclaves dans le but d’anéantir son pouvoir magique. Mais hélas. Une nuit, dans un tourbillon de vent et de poussière, les deux portent se sont levées, ont renversé les esclaves et ont pris la direction de Kétou pour s’installer à leur place où elles sont jusqu’à nos jours », a affirmé notre interlocuteur Bâ Nondichiao.

Un siège de trois mois pour affaiblir l’ennemi

« La victoire, le roi Glèlè n’avait pas mis fin à son hostilité vis à vis de Kétou. Avec le redressement de Kétou, il chercha d’autres moyens pour définitivement défaire son ennemi. Apprenant par un informateur que la nouvelle stratégie militaire de Kétou était essentiellement défensive, il lança en 1886 une offensive d’envergure contre Kétou. L’attaque fut de courte durée et particulièrement meurtrière pour les troupes danxoméennes puisque la muraille de Kétou va s’avérer infranchissable. Il fut donc décidé de cerner la ville et d’affaiblir sa troupe par la famine et le blocus. Au bout d’un siège de trois mois, Glèlè supervisa personnellement la destruction totale de Kétou. La ville fut pillée. Les temples et autels furent détruits et toutes les maisons brûlées. La majorité des soldats et gens de Kétou furent conduits attachés jusqu’à Abomey pour subir la honte et la cruauté, tandis que leurs chefs étaient impitoyablement exécutés », nous a dit Bâ Nonchiao. Une version des faits que personne n’a d’ailleurs contredit.

« Il faut attendre huit années et la défaite danxoméenne devant les troupes françaises du Général Dodds pour voir la renaissance de Kétou. C’est donc en 1894 sous le règne du roi Oyingin que Kétou se relève définitivement », a révélé le grand dépositaire de l’histoire d’Abomey à qui beaucoup de chercheurs se réfèrent qu’est Bâ Nondichiao.

Avant Glèlè, ce fut Guézo

Selon le Dr Arthur Vido, enseignant chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, « Les relations conflictuelles ne remontent pas seulement au règne de Glèlè, mais aussi au temps du roi Guézo (1818-1858) ».

« Lorsque le Danxomè fut libéré de la tutelle d’Oyo, sous le règne de Guézo, le royaume a laissé libre cours à ses appétits face aux territoires qu’il considère comme relevant directement de son aire d’expansion et d’influence. Kétou fut ravagé à partir des années 1820. En 1853, toujours sous le règne de Guézo, le palais de Kétou était en ruines suite à des incendies fréquents provoqués par Agbomè. On le sait désormais, Guézo a été tué au retour d’une campagne dans la région de Mèko, près du village d’Ekpo, dépendant de Kétou qui devait en subir les conséquences sous le règne de Glèlè, successeur de Guézo », nous a dit le Dr Arthur Vido.

Plusieurs autres sources interrogées confirment le récit fait par le sage Bâ Nondichiao et complété par le Dr Arthur Vido. « Avec l’accession au trône du roi Glèlè, les ardeurs danxoméennes se portèrent alors sur les autres royaumes Yoruba. De part et d’autre, on accusait Kétou de complicité avec l’ennemi. En 1883, une banale dispute d’approvisionnement entraîna la fureur de Glèlè qui se jura de briser Kétou. En août de cette année 1883, profitant d’une querelle opposant Kétou et Ibadan, Glèlè lança ses troupes sur Kétou sans défense. Le roi Ojeku fut aussitôt capturé et décapité, alors que son royaume était mis à feu et à sang par l’armée de Glèlè », confirme le site d’information Wikipédia.

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