La Haac, prédatrice de liberté d’expression ? Par Arimi CHOUBADE

La Haac,
prédatrice de liberté d’expression ?

Pourquoi chercher bien loin les causes de la dégringolade du Bénin dans les classements annuels Rsf sur la liberté de presse ? On imagine la délectation de tous les chasseurs
d’entrave à la libre expression après la suspension de la radio Capp Fm. Un instrument d’expression réduit brutalement au silence, le couperet tombe raid, un mois de suspension de toutes les
émissions ; à l’issue d’une procédure expéditive, audience à charge sans défense, sans recours. Le juge infaillible a parlé, en première et en dernière instance. Auditeurs sevrés et agents
plongés dans le chômage technique et promoteur impuissant n’ont qu’une seule alternative : se répandre en génuflexions afin d’implorer la magnanimité des « juges de la presse ». De
la liberté d’expression au Bénin, pays des hommes dits intelligents, le quartier latin de l’Afrique, parait-il.

Le cas Capp Fm est symptomatique
de la toute puissance d’une institution qui pose plus de problème au processus démocratique qu’il n’en résout. L’exercice ne consiste pas à spéculer sur la compétence et les capacités de
management de celui qui est considéré comme un icône au sein de l’environnement des médias au Bénin, Jérôme Carlos. Son prestigieux parcours ne lui a pas épargné une si brutale disgrâce, au soir
de sa carrière. Haac ou pas, il existerait toujours une structure chargée de veiller à éviter les dérapages sur les ondes. Ce qui n’enlève rien au fait que la Haac du Bénin prend la forme d’une
monstruosité juridico-politique improvisée : une justice d’hommes politiques (2/3 de l’institution) avec pour justiciables exclusivement des hommes de médias. Un climat de terreur dans les
médias qui s’installe peu à peu. À preuve, aucune radio ou presque n’a osé admettre des commentaires ou des appréciations relatifs à la décision du 05 novembre 2009 sur leurs
installations.

De la Haac ou de ce qu’en dit les
délégués à la conférence nationale qui ont préconisé sa création. Il était question d’apporter une réponse à l’émoi provoqué par l’exceptionnel dévouement des journalistes de l’office public de
radiodiffusion et de télévision longtemps régentés par le régime d’exception du marxiste-léniniste. Le constituant voulait offrir une tribune constitutionnelle aux hommes des médias et enfin
consacrer l’effectivité du quatrième pouvoir. Oubliant que la force des médias, réside justement dans l’immatérialité de leur pouvoir. Jamais personne n’avait imaginé cette mutation qui fait des
7 conseillers à la Haac des épouvantails pour journalistes. L’autre dangereux glissement est à chercher dans la dénomination même de l’institution. Ses inventeurs auraient dû se limiter à la
« Haute autorité de l’audiovisuelle » à l’instar du Csa en France (Conseil supérieur de l’audiovisuel qui tire sa légalité d’un texte réglementaire et non de la constitution) sans
l’ajout « communication » qui se révèle être un dangereux fourre-tout. Cela l’aurait vraiment limité à la régulation des ondes comme cela se fait dans les démocraties inspiratrices du
modèle béninois.

Les conseillers eux-mêmes ne se
cachent plus de vouloir « assainir, discipliner voire mettre au pas » la presse alors qu’ils n’ont ni les moyens ni les compétences pour. Les rapports des journalistes avec les tiers
sont déjà régis par la responsabilité du tort causé à autrui connu des tribunaux de droit commun, sous la férule de magistrats professionnels et non de personnalités élues ou désignées sur la
base de considérations partisanes. Par ailleurs, la Haac n’a pas la même vocation qu’une chair en journalisme sensée affûtée davantage les aptitudes professionnelles des hommes de médias. De part
l’existence et l’activisme de cette institution, le Bénin donne au monde l’image d’une presse sous vindicte des écuries des partis politiques. Liberté d’expression sous coupe
réglée.

Capp Fm n’est qu’un détail de
l’hérésie démocratique à la béninoise…

arimi choubadé

Rédigé le 10 novembre 2009

 

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