Lu pour vous: Les dessous du cinquantenaire des forces armées

EDITORIAL: Les manœuvres militaires

Publié le 25 janvier 2011 
La célébration du cinquantenaire des forces armées
béninoises pose problème. Par un curieux conseil des ministres tenu vendredi dernier, le gouvernement a en effet décidé de commémorer les cinquante ans de nos forces armées, précisément près d’un
an après la véritable date anniversaire. Créée par décret en date du 28 juillet 1960 dans la foulée de l’indépendance, l’armée béninoise a 51 ans en 2011.

Il n’y a donc pas grand-chose à célébrer, sauf une politique politicienne qui s’invite entre les murs de la Grande Muette. Pas grand-chose en effet au regard de
l’histoire tumultueuse d’une armée qui a joué un rôle prépondérant dans la dévolution du pouvoir d’Etat de 1963 à 1972 et, partant, dans les crises cycliques qui ont jalonné l’histoire du Dahomey
devenu Bénin. Période de crise, période de chaos, période de coups d’Etat.

Faut-il le rappeler encore, cinq coups d’Etat ont été réussis en neuf ans seulement, de 1963 à 1972. D’autres ont échoué comme celui de ce jour de février 1972 qui
a vu mourir le soldat Moumouni, seule victime des putschs dans notre pays. La déliquescence où était plongé le pays en 1972 par exemple a fait écrire à Louis Fabien Agboton dans son livre Le
laquais des coups d’Etat, que le pouvoir d’Etat était par terre et que l’armée n’a fait que le ramasser. En ce temps-là un simple sergent comme Agboton pouvait rêver de s’emparer des rênes de
l’Etat, en nouant quelques alliances avec un quarteron de soldats plus ou moins mécontents de leurs chefs.

C’est donc avec un triste sourire que j’ai pu entendre ces phrases absurdes du conseil des ministres : « Depuis le 28 juillet 1960, date de leur création, et
singulièrement depuis l’avènement du renouveau démocratique au Bénin, il est noté que ces concitoyens en uniforme sont demeurés et restent toujours fidèles à l’engagement pris. Ils s’acquittent
admirablement et honorablement de leur noble mission de défense de l’intégrité territoriale ainsi que de la sécurité des personnes et des biens, garantissant ainsi un climat de paix favorable à
l’émergence de notre pays. »

Le registre volontairement élogieux adopté ici ne se comprend guère, pas plus d’ailleurs que la date du 28 janvier choisie et qui ne correspond à rien du tout au
plan historique. Au plan moral, les hommes en uniforme du Bénin ne sont pas des modèles de probité…Et s’il était question de célébrer sincèrement une quelconque date, il faut attendre le 28
juillet prochain, le 28 janvier n’étant en dernier ressort qu’une contorsion intellectuelle orientée vers des objectifs inavoués.

Il est vrai qu’il faut célébrer nos forces armées pour la partition qu’ils ont jouée ces deux dernières décennies par leur relative neutralité dans le jeu
politique, tranchant nettement avec leur confiscation du pouvoir d’Etat depuis 1963 et surtout de 1972 à 1990. Il faut surtout les féliciter pour l’image d’excellence qu’elles ont acquise à
l’extérieur du fait de leurs missions de maintien de la paix. Dès 1997 au Libéria, puis en 1999 en Guinée Bissau, l’armée béninoise a mené des opérations en dehors de ses frontières.

Aujourd’hui, le Bénin intervient dans l’ONUCI (Côte-d’Ivoire), dans la MONUC (RD Congo) et ses officiers sont observateurs au sein d’autres missions de l’ONU, soit
un total de 1270 personnes. Mais cela ne mérite pas une messe comme celle que la république s’apprête à lui offrir vendredi prochain.

Dans la réalité, ce cinquantenaire fabriqué est un appel du pied aux militaires. A dire vrai, les hommes en uniforme sont activement courtisés par le pouvoir, en
prévision des élections qui profilent à l’horizon. Les troubles prévisibles dans la confusion qui préside à l’organisation de ces scrutins, exigent que chacun des camps en présence contrôle
l’armée ou une partie de ses hauts gradés.

L’option prise par le pouvoir de mettre la Grande Muette toute entière sous les feux de la rampe, lui permet de s’attirer sa sympathie. D’autant d’ailleurs que la
composition multiethnique et plurirégionale de l’armée béninoise empêche toute manœuvre de caporalisation issue d’un pouvoir politique.

Comment dans ces conditions ne pas s’inquiéter de cette tentative d’instrumentalisation des militaires pour les fins politiciennes que tout le monde perçoit
clairement et dont les conséquences risquent d’être néfastes à tout le monde? A cette question s’ajoute l’impression d’une clochardisation totale du pouvoir d’Etat. Selon son bon vouloir, le
Président use, mésuse et abuse de son autorité. Sans respecter personne, même pas la simple décence.

Oliver ALLOCHEME ( L’Evénement précis)


 

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