Portraits des présidents du Parlement béninois : Kolawolé A. Idji, de la diplomatie à la politique

 Portraits des présidents du Parlement béninois : Kolawolé A. Idji, de la diplomatie à la politique
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Discret et très sobre, Kolawolé Antoine Idji n’en demeure pas moins influent sur la scène politique et au parlement. Ancien ministre des affaires étrangères, ancien président de l’Assemblée nationale, régulièrement réélu député entre 1995 et 2015, Kolawolé Idji travaille sans relâche à l’aboutissement du programme politique du parti Union Progressiste dont il est l’un des leaders et des réformes que met en œuvre le Chef de l’Etat, le Président Patrice Talon.

Idji Kolawolé Le Concepteur

Aux élections législatives de 2019, Kolawolé Idji renonce librement à se présenter mettant ainsi un terme à un riche parcours parlementaire de vingt-quatre (24) ans. Mais avant 2019, il a toujours donné de son temps pour les travaux parlementaires. Au cours de la cinquième et sixième législature, en tant que l’un des leaders de l’opposition, il a animé et conduit les prises de position des siens, préparant ainsi efficacement l’alternance au sommet de l’Etat, intervenue en avril 2016.

Naturellement à l’avènement du président Patrice Talon au pouvoir, il fait partie de ses premiers soutiens à l’Assemblée nationale et n’hésite pas à s’associer aux réformes initiées par le régime de la rupture. Kolawolé Idji est l’un des auteurs de la loi portant réglementation du bail à usage d’habitation, adoptée par l’Assemblée nationale en avril 2018. Cette loi est sensée encadrer le loyer, les cautions et autres garanties, de fixer les obligations du bailleur et du preneur, de réglementer la cession, le transfert et la sous-location du bail. Il définit également les conditions de résiliation du contrat, il organise et réglemente le métier d’agent immobilier.

Kolawolé Idji n’hésite pas à aller plus loin. Toujours au cours de la septième législature et en juin 2018 un groupe de députés dont lui, dépose au président de l’Assemblée nationale, une proposition de loi portant révision de la Constitution du 11 décembre 1990 (un sujet tabou). Les réformes envisagées portent sur quatre points à savoir, le regroupement des élections présidentielles, législatives et communales, pour avoir à l’avenir, des élections générales tous les cinq ans, la création de la Cour des comptes, l’amélioration de la participation des femmes à la gestion des affaires de la cité par une discrimination positive et l’abolition de la peine de mort. Un pari osé, puisque quelques mois plus tôt, un projet  de loi portant révision de la même constitution introduit par le Gouvernement a connu un échec, n’ayant pas pu franchir la barre des ¾ des voix des députés à l’Assemblée nationale, nécessaire à sa prise en considération. Kolawolé Idji et tous les leaders de la majorité parlementaire se sont associés à cette nouvelle initiative, votée par les ¾ de députés, et qui dès lors pouvait être soumise à référendum pour son adoption définitive, si le Président de la République en avait décidé ainsi. Ce n’est finalement que sous la huitième législature en cours que la réforme constitutionnelle va aboutir.

Comme souligné plus haut, Kolawolé Idji n’a pas toujours été de la majorité favorable au pouvoir. En  2006, peu avant la fin de son mandat en tant que président de l’Assemblée nationale, il cherche à mettre à la disposition de son pays, son expérience politique, son programme et ses idées avancées de la gestion de la chose publique. A la fin du premier tour de l’élection présidentielle, il arrive en 5ème position sur 26 candidats et se positionne dès lors comme l’un des faiseurs de roi. Il fera le choix du candidat Boni Yayi, élu au second tour. Ce dernier est investi le 6 avril 2006, Président de la République. Mais la collaboration avec le Président Boni Yayi est de courte durée. Des nuages s’amoncèlent très vite et donnent lieu à de violents orages politiques.

Des origines modestes

Kolawolé Idji naît en 1946, dans le paisible hameau de Gbagolo, tout près de la ville nigériane d’Imeko. Comme il le rappellera en avril 2003 lors de son investiture comme président de l’Assemblée nationale, rien ne le prédestinait ni à une carrière de haut fonctionnaire dans la diplomatie béninoise, ni à une carrière politique au sommet des institutions républicaines. Il aurait pu finir ses jours comme paysan à Illikimou, le village où vit encore sa famille. Le destin, une once de chance, l’acharnement au travail, en ont décidé autrement.

A la fin de ses études primaires à Kétou, il fit, avec trente autres jeunes gens de son âge, le voyage Kétou-Pobè, 42 km, à pied, pour passer l’examen du certificat d’études primaires élémentaires et le concours des bourses. Pobè était encore le seul centre pour tous les écoliers de la région. La voie Kétou-Pobè n’était pas encore  carrossée. Il obtient le certificat ainsi que la bourse et il est envoyé au cours secondaire Notre-Dame de Lourdes, à Porto-Novo.

Il termine les études secondaires au lycée Béhanzin de la même ville par l’obtention du bac, qui lui permet d’intégrer l’Université de Dakar. Il s’inscrit à la faculté de droit et sciences économiques. Le séjour à Dakar fut particulièrement bref, puisqu’il est expulsé de cette ville pour grève et contestations estudiantines en 1969.

Par miracle ! Les miracles étaient sans doute plus fréquents qu’aujourd’hui ; il fut repêché par les Autorités nationales dahoméennes de l’éducation et envoyé en Suisse où en quatre ans, il boucle des études de droit et de journalisme, après avoir fréquenté les universités de Fribourg, Lausanne et Genève.

De retour au pays en 1973, il opte pour la diplomatie et entre au Ministère des affaires étrangères, comme Secrétaire stagiaire des affaires étrangères. L’occasion d’une formation professionnelle supérieure en tant que diplomate lui fut donnée dès août 1974. Il est envoyé à Paris, à l’Institut international d’administration publique. Il mit son stage à profit pour approfondir ses études en droit international public et en relations internationales à l’Université de Paris 1, Panthéon-Sorbonne.

Diplomate passionné de la gestion des affaires publiques

A la fin de son séjour parisien en 1976, Kolawolé Idji reprend service au Ministère des affaires étrangères en même temps qu’il s’engage dans la contestation politique du Parti de la Révolution Populaire du bénin (PRPB), parti unique qui dirigeait le pays. Conséquence, il est bloqué à l’administration centrale à Cotonou jusqu’en mars 1982, date de sa nomination comme premier conseiller à l’Ambassade du Bénin au Niger.

En 1987, il retrouve l’administration centrale. Il est nommé au poste de Directeur général adjoint du Ministère. Entre 1987 et 1995, il occupe les fonctions de Secrétaire général adjoint et Directeur de cabinet toujours au ministère des affaires étrangères.

Mais en 1995, l’engagement politique prit le dessus. Il se consacre à son mandat de député à l’Assemblée nationale, après son élection en mars 1995. En 1998, il est rappelé du côté de l’Exécutif. Il occupe le poste de Ministre des affaires étrangères de la coopération et de l’intégration africaine jusqu’à son élection en 2003, comme président de l’Assemblée nationale.

Selon l’un de ses biographes, M. Philippe Adéniyi, dans « Un coq dans la jungle » paru aux éditions Diaspora communication en 2007, Kolawolé A. Idji a toujours manifesté un intérêt particulier, une passion pour les affaires de la cité et le développement des mouvements de jeunes, d’élèves et d’étudiants.

En témoigne son parcours. A l’âge de 12 ans, Kolawolé Idji est déjà militant de l’Ugeed (Union générale des élèves et étudiants du Dahomey). Dans l’évolution de son parcours, il est élu premier président de l’Association des élèves et étudiants de Kétou, premier président de l’Association de développement de la sous-préfecture de Kétou, secrétaire général de l’Association des étudiants africains de l’Université de Fribourg en Suisse, membre fondateur de la Commission béninoise des droits de l’homme, délégué pour le compte du département de l’Ouémé à la Conférence des forces vives de la Nation en février 1990. A cette conférence, qui consacre la libération de l’activité politique, il affiche son opposition au Parti unique. C’est en militant de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) qu’il est élu pour la première fois  député à l’Assemblée nationale, et nommé Ministre de la fonction publique et des affaires sociales en 1996. Il décline l’offre du président Nicéphore Soglo, préférant poursuivre son mandat de député à l’Assemblée nationale, dans les rangs de l’opposition.

Une présidence réussie du parlement

De 2003 à 2007, il préside la quatrième législature de l’Assemblée nationale, devenant de fait, le chef de l’aile parlementaire de la majorité hétéroclite que tentait de constituer le Général Mathieu Kérékou, redevenu président de la République à l’ère du Renouveau démocratique.

De ses quatre ans à la tête du parlement, on retient qu’il a réussi à rendre ses lettres de noblesse à l’institution, notamment sur la scène internationale, comme on pouvait s’y attendre au regard de son expérience en matière diplomatique. Journaliste, le président Idji a œuvré à la relance du magazine d’information parlementaire « L’Hémicycle » avec l’inscription d’un crédit budgétaire pour sa parution régulière. Il est aussi à l’origine du projet de création de la radio « Hémicycle » que son successeur a fait aboutir au cours de la législature suivante. La salle polyvalente érigée à l’intérieur du palais des Gouverneurs, figure aussi parmi ses réalisations physiques. Au plan législatif, des avancées notables ont été enregistrées. Ce sont au total cent quinze lois qui ont été votées.

Après 2007, il retourne à l’Assemblée nationale, cette fois-ci, comme un simple député. On le retrouve dans les rangs de l’opposition au président Boni Yayi jusqu’en 2016. Dans cette position, il s’allie avec le Parti du renouveau démocratique (PRD), la Renaissance du Bénin (RB), le Parti social-démocrate (PSD) et l’Alliance Foce-clé pour constituer un grand regroupement progressiste, l’Union fait la nation (UN). Kolawolé A. Idji est aujourd’hui membre du bureau politique de l’Union progressiste (UP), l’actuelle plus grande formation politique du pays.

 Véril TAKIN 

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