Responsabilité de la mouvance dans la crise socio-médiatique post-1er août : DEVOIR DE VERITE AU NOM DE LA PATRIE

Suite à l’interview télévisée accordée par le Chef de l’Etat  au soir du 1er août 2012, les réactions ne cessent de se succéder, aussi incendiaires que contradictoires les unes et les autres. Pendant qu’indignées,  les forces de l’opposition et la société civile réunies y voient  des dérives dictatoriales  et crient au  scandale, les partis politiques   se réclamant de la mouvance présidentielle  l’assimilent à  la démarche normale d’un Chef d’Etat  décidé à « défendre les intérêts de la Nation au prix de tous les sacrifices qu’impose la situation ».

Pour mieux apprécier cette crise, Il serait   tout indiqué de s’en référer au contexte général dans lequel  intervient le discours, contexte caractérisé par une fronde sociale généralisée  aiguisée par un amenuisement inquiétant des recettes de l’Etat  dont  le bras de fer opposant le pouvoir aux opérateurs économiques est le dernier développement. En remontant un peu plus loin, juste au sortir  du très controversé  KO de la présidentielle 2011, des âmes de bonne volonté avaient suggéré au Chef de l’Etat,  qui en avait accepté le principe,  la tenue d’un forum national de sursaut patriotique où la hache de guerre serait enterrée pour panser les plaies béantes du Bénin, en vue d’un nouveau départ.  Les préparatifs étaient assez avancés, lorsque contre toute attente, à quelques jours  de l’échéance,  la rencontre fut reportée sine die sans d’autre forme de justification.  Selon les indiscrétions,  les  thuriféraires  du Chef  lui auraient soufflé que des esprits malins s’apprêtaient à mettre à contribution ce rassemblement, pour lui arracher  son pouvoir difficilement conquis pour un deuxième et « dernier mandat ».Cette absence de dialogue  avec les forces vives de la Nation et ce défaut d’engagement pour une gouvernance  sincère ont graduellement vicié l’atmosphère de part et d’autre, le Chef de l’Etat  voyant partout des ennemis pendant que l’opposition et la société civile durcissent  le ton.

Pour revenir à nos propos,  il importe d’admettre  en toute honnêteté que la sortie du Chef de l’Etat a bien de quoi inquiéter les citoyens épris de paix et,  qu’à y voir de près, ce discours  atypique contient,  pour les esprits alertes, tous les ingrédients constitutifs d’un parjure explosif de conséquences pour  le premier magistrat du Bénin, garant de la paix et de l’unité nationale.  Mais là n’est pas notre préoccupation.

La surprise est que, dans la mêlée, il se trouve des guignols  qui, bien que reconnaissant en leur for intérieur,  que le bouchon avait été poussé  au-delà de l’acceptable, se mobilisent, à travers le feu d’artifice des motions de soutien dont ils sont les seuls à détenir le  secret, pour renier leur conviction profonde, par crainte de représailles immédiates du pouvoir. Sans vergogne, ils avouent  en privé à leurs proches que le pays est ainsi, que le Chef ne supporte pas la contradiction même s’il a tort et que le connaissant ainsi, il vaut mieux  lui apporter un soutien du bout des lèvres pour garantir son poste  plutôt que de prendre le risque de le désavouer. « Se laisser câliner, aduler et porter en apothéose surtout dans du faux. Voilà le faible de l’homme et il faut savoir l’y prendre.  Qui est assez fou pour oser lui dire qu’il a mal parlé ? » s’entend-on dire.

Certes, il n’est pas demandé à ces zélateurs de dénoncer la chose à la manière de l’opposition qui elle,  se trouve dans son rôle. Mais lorsque l’on aime quelqu’un dont on se dit le supporteur, il est impératif de trouver le cadre,  les mots  et le moment  appropriés  pour lui dire la vérité surtout,  dans des circonstances à issue incertaine,  comme c’est le cas  avec la crise actuelle.

Aimer le Chef de l’Etat et le Bénin reviendrait à s’organiser en groupes de pression, non pas pour diaboliser les autres  et clamer sur les antennes de la télévision officielle, son soutien inconditionnel, mais pour un tête-à-tête fraternel et sincère avec lui, dans le secret de son palais,  pour lui confesser : « Chef nous avons écouté ton interview. En tant que membres de la mouvance présidentielle, nous ne pouvons pas et n’avons pas le droit de nous comporter comme ceux de l’opposition parce que nous sommes avec toi. Mais ce n’est pas pour autant que nous allons nous voiler la face  et manquer de te dire  franchement ce que nous pensons de cette sortie.  Ca ne va pas dans le pays.  Le peuple attendait de toi un signal fort,  un message d’apaisement.   Mais tu as plutôt jeté de l’huile sur le feu à travers cette interview qui n’arrange rien. Maintenant que le mal est là, il nous faudra trouver les voies et moyens de colmater les brèches.  Privilégier par tous les moyens l’apaisement plutôt que l’affrontement,  telle doit être  notre priorité ». Voilà qui eût été bienséant  et  honnête d’attendre comme démarche  de la mouvance présidentielle en ce moment.

Aimer le Chef de l’Etat et le Bénin  reviendrait à inventorier avec lui les initiatives salvatrices susceptibles de ramener  la confiance dans le rang des opérateurs économiques, des partenaires sociaux, des autres forces politiques, de manière à restaurer un climat de paix et de confiance   propice  à la relance de l’économie nationale. Il vaut mieux sauver sa patrie et perdre son poste que de privilégier de petits intérêts égoïstes  par un silence complice,   pour laisser tout emporter  avec soi par le flot des contingences.

Ce devoir de vérité s’impose  aussi bien à ceux qui se réclament de la mouvance qu’à tous les cadres tapis dans l’entourage du Chef de l’Etat. De ce point de vue, ceux chargés de sa communication ont failli à leur devoir de vérité en lui permettant  de délivrer ce message, dans les conditions que l’on sait,   en subissant son interview plutôt que de la piloter de mains de  maître et enfin, en la rediffusant plusieurs fois en l’état.

La scène politique nationale a longtemps souffert de ce devoir de vérité surtout au sein des politiciens qui gravitent autour du pouvoir et il importe que, dans un élan de  sursaut patriotique,  les cadres, à quelque niveau qu’ils se trouvent,  puissent s’y astreindre désormais,  pour que les mêmes causes cessent de produire les mêmes effets, dans une perpétuelle répétition de l’histoire qui ne fait que consacrer notre immobilisme depuis 1960. Il est tant de décoller  et pour de bon !

 

 

François M.B. NOUGBOGNON

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OKOYA F.

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