Supposée déstabilisation du régime Yayi : Les dessous de l’opération ” Peur sur le Bénin”

(LES FAITS QUI DISCREDITENT L’ALERTE DU GOUVERNEMENT)

 C’est la première fois depuis 2006 que de manière insistante, officielle et solennelle les voix les plus autorisées au sommet de l’Etat ( Boni Yayi dans son entretien télévisé du 1er août et son ministre de l’Intérieur et de la Sécurité dans un communiqué en date du 20 août 2012)  évoquent des velléités  de déstabilisation du régime en place. Si l’actualité au Mali et en Côte d’Ivoire par exemple permettraient de prendre très au sérieux de telles déclarations, pour le cas du Bénin, il y a lieu de mettre beaucoup de bémol et pour cause, la lecture croisée d’un certain nombre d’éléments discréditent l’alerte du Gouvernement.

Primo, et nous l’avions  démontré dans un précédent article,  des hauts gradés de l’armée et des cadres encore en fonction ont intérêt à ce que l’âge de à la retraite soit revu et porté à 65 ans. Logiquement donc, la volonté de rester en fonction de ces cadres en uniforme, se légitiment avec la situation de psychose qui est installée. Les hauts gradés de l’armée sont visiblement les premiers gagnants de l’opération ” peur sur la ville”. Ça sent le roussi, on a besoin, il faut les maintenir les motiver…

 Une autre forme de  révision de la Constitution

Secundo, il ne serait pas exagéré de penser que l’alerte  telle que donnée par  des simples personnalités politiques pro gouvernementale puis par le ministre Dègla est la résurrection d’une vieille pratique qui a eu cours sous le président Mathieu Kérékou. Des indiscrétions font en effet savoir qu’avant l’ère du changement et de la refondation, lorsque toutes les sources d’approvisionnement de revenus parallèles s’asséchaient, des idées de complots ou des risques de crise alimentaire sont agités. “Le vieux” ordonnait alors des décaissements de fonds dont le montant augmentait au fur et à mesure que l’ordre était répercuté. Et comme il s’agit généralement de fonds secrets, aucune instance de contrôle et de vérification n’est habilitée à demander des comptes. Ainsi il est avancé l’hypothèse d’une nouvelle filière pour certains proches du Chef de l’Etat Boni Yayi.

Tertio, certains observateurs y voient une auto victimisation du gouvernement pour justifier plus tard l’instauration d’un couvre-feu puis d’un état d’urgence. La circulation des chars qui se limitait aux abords du domicile du Chef de l’Etat et de la Présidence de la République mais qui vient d’être étendue à la zone de Akpakpa est un signal. Pour en arriver là il suffirait visiblement qu’un homme en uniforme zélé ou manipulé tire un coup de feu quelque part. Et c’est parti le gouvernement Yayi trouverait ainsi un alibi pour procéder à sa manière à la mise en œuvre de ses reformes : révision de la Constitution, introduction d’autres acteurs au Port et dans la filière du coton…. Car il est connu qu’en des situations pareilles les institutions de l’Etat sont mises en veuille de même que les textes de la République. ” S’il y a pas palabre, il y a pas élection” ont chanté les Ivoiriens à un moment donné.

 Talon, les petits et les médiocres encore à la barre

Par ailleurs, le communiqué du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique a le mérite de révéler que la rencontre entre Yayi et Talon a été consacrée en grande partie au renouvèlement des accusations du premier contre le second. Pour mémoire, cet extrait des déclarations de Boni Yayi le 1er août 2012 : «… Tant qu’il va remettre en cause mes acquis, il n’y a rien à faire, je vais organiser l’insurrection, alors on mouille pratiquement toutes les forces, les politiques, les syndicats, les magistrats, les valises circulent au vu et au su de tout le monde. C’est lui-même qui l’a dit. Lorsqu’un député a  commencé par m’insulter, je l’ai appelé et lui ai demandé, c’est toi qui m’injurie, il dit j’ai faim, c’est Talon qui nous a demandé d’organiser l’insurrection. ». Curieuse coïncidence, le communiqué du ministre Dègla reprend les mêmes idées avec d’autres mots : « … Ce projet de déstabilisation, commandité par des hommes politiques, en relation avec des opérateurs économiques et certains circuits syndicaux, vise à recruter des étrangers pour orchestrer cette basse besogne qui sera suivie de grèves perlées pour paralyser tout le pays et le rendre ingouvernable… ». Cette scène avec un air du déjà vu et les soupçons d’une prochaine chasse aux sorcières discréditent l’usage éventuel des muscles qu’exhibe le gouvernement à travers son communiqué.

 Une tragi-comédie

Enfin, les spécialistes de la sécurité nationale ou de la sécurité tout court sont  unanimes pour reconnaître qu’en la matière, l’action est la meilleure réponse. Il est difficile de comprendre qu’un gouvernement menacé de déstabilisation, d’attentats puisse choisir de sensibiliser ceux qui les menacent. L’autre chose difficile à comprendre est que le gouvernement avec à sa tête le Chef de l’Etat, Chef Suprême des armées, ministre de la défense en partage avec trois autres personnes et jouissant de soutien indéfectible dans toutes les localités du pays (en témoignent les récurrents reportages sur les marches et déclarations de soutien de ces dernières semaines) puissent accuser des opérateurs économiques, des politiciens médiocres en voie de disparition et certains syndicalistes de vouloir déstabiliser le régime. Cela ne fait pas crédible à moins que…le ver soit déjà dans le fruit.

Francis Z. OKOYA

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OKOYA F.

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