Suspicions sur le coût et la qualité des réalisations publiques sous Boni Yayi : Me Jacques Migan préconise un forum national sur les infrastructures

Dans le bilan de Boni Yayi du changement à la refondation, figurent en bonne place, les réalisations d’infrastructures publiques. Mais dans le concert  homogène des acclamations et félicitations, s’élève une voix dissidente et peut-être prémonitoire : celle de Maître Jacques Atchéffon Migan qui préconise un forum national sur les infrastructures afin de comprendre comment sont réalisés les passages à niveau, l’échangeur de Godomey et autres axes routiers, leur coût et leur qualité. C’est ce dimanche 27 mai 2012 que le président de la Fondation JAM pour la solidarité, l’entraide, la promotion des jeunes et le développement à base, a fait sa proposition sur les antennes de la radio Gerddes.

 Francis Z. OKOYA

Invité de l’émission ” Point de vue” animée par les confrères Joël  Akondé et Pascal Dohou, Me Jacques Atcheffon Migan a planté le décor  de l’entretien en déclarant dès l’entame : « …”…. Juste avant de venir dans vos studios, j’ai fait un crochet par le Centre Songhaï pour prendre un café et là j’ai rencontré des personnes qui allaient à la messe ou qui étaient venues pour acheter ou visiter et nous avions échangé. Dès l’entame de nos discussions, ils m’ont dit « Maître ça ne va pas qu’est-ce qu’on peut faire, aidez nous… ». Toute notre discussion a donc porté sur ce ça ne va pas. Cela me permet de répondre à votre question. Ca ne va pas dans le pays et le Chef de l’Etat en est conscient. Boni Yayi est dépassé par les évènements… ». Voilà sa réponse à la  question  Quel regard sur la gestion globale du pays par Boni Yayi ?

C’est en abordant le volet économique que Me Jacques Atcheffon Migan s’est penché sur la question de la réalisation des infrastructures publiques. De l’explication qu’il a donnée aux confrères de la radio Gerddes, on retient que le choix fait par le régime de Boni Yayi de confier tout ou presque aux chinois ne présage pas d’un bon avenir pour plusieurs raisons qu’il explique en ces termes : « En 2006, Boni Yayi avait dit  que nous allons porter la croissance à deux chiffres et comme je vous l’ai dit la croissance qui est source d’emploi qui devrait permettre à notre pays d’être un pays prospère, cette croissance a commencé par dégringoler…Nous avions à faire à un président qui est financier mais ne maîtrise pas les méandres des finances et de l’économie…Quand on parle de croissance, c’est aussi la réalisation des infrastructures. Prenons les passages à niveaux, l’échangeur de Godomey…alors que ces réalisations devraient créer les emplois, est ce le cas aujourd’hui ? Ces travaux sont réalisés par des chinois qui utilisent des chinois et ils prennent le marché dans des conditions qu’il faut chercher à comprendre. C’est souvent des marchés de gré à gré. Il y a trois situations pour la réalisation des grands travaux actuellement au Bénin et dans les trois cas, les chinois sont présents. D’abord, il y a les chantiers initiés sur le budget national, il y a ensuite les appels  d’offre sur financement de la BAD. Il y a enfin les prêts du gouvernement chinois ou des organismes financiers chinois. Dans tous les cas, les chinois prennent les marchés, les réalisent sans presque aucun contrôle de qualité avec un personnel chinois  et des matériaux venus de chez eux exempts des taxes de douanes et autres impôts. C’est une situation qui met en péril les entreprises béninoises. Nos députés ratifient les accords de prêt sans chercher à voir comment ces prêts sont gérés par la suite. Est-ce que la commission des marchés publics a conscience de cela, est ce que les députés cherchent à remplir leur mission à travers le contrôle de l’action gouvernementale ?…. Il paraîtrait que les fers à béton et autres matériaux importés  par ces chinois dans le cadre de ces marchés qu’on leur attribue et qui sont exempts de droit de taxe de douane bref exonérés, sont revendus sur le marché. C’est un nid de corruption. Est-ce que ces travaux sont de bonne qualité ? Le chef de la délégation l’Union européenne a affirmé récemment que nos routes ne sont plus praticables juste après 3 ans d’utilisation. Cela pose le problème de la question de la qualité de travaux qu’on réalise…. Lorsqu’on considère qu’il s’agit de prêt que les contribuables béninois rembourseront, il faut voir clair…»

C’est au regard de tout ceci que Me Jacques Atchéffon Migan préconise un forum national sur les infrastructures réalisées sous le changement et la refondation. Le mérite de cette initiative sera de se rassurer qu’un autre scandale financier ne couve ou ne se déroule à la barbe de tous.

“Boni Yayi ne veut pas des reformes”

Abordant la question des reformes entreprises par le Chef de l’Etat depuis mars 2011, le verdict de Me Jacques Atchéffon Migan est sans appel : ” Boni Yayi ne veut pas des reformes”. Et pour étayer cette affirmation, l’argumentaire repose sur l’origine des reformes. L’invité de l’émission ” Point de vue” a rappelé qu’au cours d’une rencontre avec les douaniers, le Chef de l’Etat a déclaré que les réformes s’imposent dans la mesure où il s’agit d’une exigence des bailleurs de fonds . Ainsi pour Me Jacques Migan, les reformes ne sont pas la résultante d’une volonté du Chef de l’Etat, mais une décision imposée et quand c’est le cas, l’on comprend que sous la contrainte et sous la pression, les reformes ne peuvent être mises en œuvre que dans la précipitation.

La révolution verte aura été l’autre échec dont a parlé me Jacques Atchéffon Migan. Il rappellera le triste épisode du passage des Malais venus pour la relance du palmier à huile. « …les Malais sont venus nous berner. L’Etat a tout mis à leur disposition, ils ont vécu aux frais de la princesse pour finir par conclure qu’il est impossible de promouvoir la culture du palmier à huile sans une pluviométrie constante. Or cette remarque avait déjà été faite par les ingénieurs béninois qui ont précisé qu’à défaut, il faut une irrigation goutte à goutte et c’est d’ailleurs ce que fait un compatriote, Martin Rodriguez  en Côte d’Ivoire avec des Israéliens. Pourquoi ne pas appel à ces israéliens, à ce compatriotes ? » s’est interrogé Me Jacques Migan. Dans le même registre de la révolution verte, après avoir rappelé les revers du coton béninois depuis 2006, l’invité de Joël Akondé et Pascal Dohou, a souligné que sous Kérékou, le coton a connu son heure de gloire quand la décision a été prise de libéraliser le secteur de l’importation et la distribution des intrants. «  c’est quand on a pu faire venir dans le secteur Françis da Silva, François Tankpinou, Martin Rodriguez… que le Bénin a pu avoir le chiffre record de 400 mille tonne de coton… »

Au cours de l’émission, d’autres sujets tels la correction de la Lépi, la révision de la Constitution, l’actualité au sein des partis de l’opposition, le dialogue politique, les élections communales prochaines, ont été aussi abordés. Sur ce dernier sujet et à la question de savoir si l’invité nourrissait des ambitions pour la mairie de Porto-Novo, voici sa réponse : « … J’ai beaucoup d’ambitions pour Porto-Novo. Est-ce qu’on peut changer Porto-Novo ? Oui. Est-ce qu’on conduire Porto-Novo autrement ? Oui C’est pourquoi je demande à tous les partis politiques de la mouvance ou de l’opposition de se retrouver pour discuter…..Oui c’est le Prd à Porto-Novo mais le développement de notre ville  n’est pas une question de parti. Je proposerai même que tous ceux qui ambitionnent de diriger Porto-Novo, viennent à un débat contradictoire où chacun exposera ses ambitions, sa vision, son programme, ses moyens…. Je suis prêt à travailler pour Porto-Novo quel que soit le niveau  où je me trouve…».

Me Jacques Atchéffon Migan a fini son passage sur la radio Gerddes en répondant aux nombreux téléspectateurs qui ont appelé en direct sur l’émission.

Laisser un commentaire

Commentaire(s)

OKOYA F.

Abonnez-vous à notre newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter

Rejoignez notre liste de diffusion pour recevoir les dernières nouvelles et mises à jour de notre équipe.

You have Successfully Subscribed!

%d blogueurs aiment cette page :