Sylvain Akindès à propos de la situation actuelle: « …il est devenu impossible et criminel de se taire… »

Les réactions suite à l’entretien télévisé du Chef de l’Etat se multiplient et s’intensifient. Les agissements des certains hommes et femmes se réclamant de la cause de Yayi et la déclaration faite par sa famille politique les Fcbe ont envenimé les choses. Boni Yayi a traité de médiocres les politiciens qui l’ont précédé dans la gestion des affaires publiques. Adékpédjou Sylvain Akindès, ancien ministre de Kérékou donne de la voix à travers cette analyse qu’il a intitulé «  l’impossibilité de se taire »

Francis Z. OKOYA

L’IMPOSSIBILITE DE SE TAIRE

La volonté de se tenir à l’écart de la scène politique ne saurait conduire à démissionner de ses convictions, ni à assister en spectateur indifférent  à la descente aux enfers de son pays.

Les déclarations du Chef de l’Etat à l’occasion du 52ème anniversaire de notre accession à l’indépendance sont assez graves et inquiétantes pour justifier cette réaction et la réaction de tous ceux qui ont encore un brin du sens de l’Etat et des sacrifices consentis par des générations afin que notre pays accède à l’indépendance et à une vie prétendument démocratique.

Oser parler de dictature vingt deux ans après la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation, menacer les populations d’affrontements violents entre partisans ne devraient sous aucun prétexte venir d’un responsable de ce rang.

Et pourtant, c’est à cela que nous assistons.

La première démarche est de se demander pourquoi il en est ainsi et de situer les responsabilités :

  • En première place, il y a l’ancien Président KEREKOU. Pour avoir collaboré avec lui dans son gouvernement, je puis aujourd’hui, dix ans après,  le dire pour soulager ma conscience du patriote que je crois être. Je me veux honnête et sincère dans ma position. Le Président KEREKOU m’est apparu en définitive comme un cynique  caméléon, qui a tout fait pour préparer la relève que nous subissons maintenant. Les commentaires hypocrites cachent un dessein machiavélique que j’ai vécu et que j’aurai l’occasion d’exposer un jour, quand le moment me semblera propice.  Poignardé dans le dos pourraient penser certains ; et pourtant je n’ai pas manqué, en son temps de manifester ma volonté pour le lui dire en face.

Comme dans ce genre de situation où il faut répondre de ses actes, le courage de l’homme a disparu, de la même manière il a fait défaut lorsqu’il nommait et remerciait sans aucun avertissement des personnes concernées.

  • Ensuite, des personnes comme moi, qui avons cru, on dirait naïvement, à une volonté d’une nouvelle et bonne gouvernance et lui avons permis d’utiliser notre concours pour réussir son jeu.

Sur ces deux points, je suis disponible pour étayer mon appréciation dès que je serai éventuellement sollicité. Je le ferai toutefois après avoir encore une fois essayé de le lui dire en face.

  • Le concours des puissances qui demeurent coloniales et pourtant considérées, par la majorité parmi nous, comme des défenseurs « des droits de l’homme », droits assimilés à la défense de leurs propres intérêts politiques et économiques grâce à la manipulation de nombre d’entre nous. Aujourd’hui, sans aucune forme de liberté d’esprit, nous acceptons comme légitimes et appropriées les appréciations les plus fantaisistes que leurs représentants donnent de la situation dans notre pays, comme celui récent du FMI. Il suffit qu’on soit qualifié « d’expert » ou même de consultant. Personne ne veut prendre de risque personnel.
  • Le soutien actif d’ « anciens » en quête de compléments à leurs pensions de retraites publiques ou privées. Leur égoïsme, la recherche d’une forme d’honneur et l’appât du gain facile les ont entièrement transformés ou peut-être démasqués. Les Institutions de contre pouvoir se sont ainsi muées en instruments du pouvoir (il est permis maintenant de le dire) dictatorial.  Nous connaissons les rôles sinistres joués par les « Cours Constitutionnels » au Togo, au Niger, au Sénégal, en Cote d’Ivoire. Cela ne nous étonnerait pas si celle d’ici leur emboite allègrement le pas : ses décisions antérieures, comme sur  la fiabilité de la LEPI, sont prémonitoires à cet effet.
  • L’inculture des Ministres de la République quant à ce qui concerne la lecture de notre constitution, leur incapacité que dénonce le Chef du Gouvernement à qui ils font signer des actes officiels éternellement remis en cause par lui, le manque du reflexe du compte rendu qui est devenu une habitude et qui induit le Chef dans des erreurs permanentes, toutes ces tares risquent d’hypothéquer lourdement notre avenir si nous les laissons continuer dans la voie avilissante qu’ils ont choisie au point de considérer que les statuts d’une organisation internationale non signés par notre Etat et non ratifiés s’imposent au Bénin et à sa justice.
  • La « classe politique », dont les prises de positions sont restées creuses parce que vides de démonstrations convaincantes, ne nous rassure guère.  Elle doit avec courage reconnaitre ses propres responsabilités passées et procéder au besoin à son examen de conscience. Le caractère régional, sinon ethnique, de leurs groupes politiques les rend incapables  de mobiliser les populations autour des intérêts réels de celles-ci. Deux des plus illustres partis politiques viennent de nous indiquer la voie du reniement de la lutte pour un changement des orientations actuelles, et de trahison des messages qui ont fait l’essentiel de leur dernière campagne électorale.
  • Les organisations de la société civile qui limitent leurs actions à des déclarations publiques souvent pertinentes mais, à la fin, inopérantes puisqu’elles ne sont que très rarement répercutées auprès des populations par leurs propres moyens. Leur dépendance des « bailleurs de fonds » pour les actions qu’elles mènent ne leur laisse aucune latitude de s’écarter des orientations de la politique étrangère des états qui financent. Les pratiques de certaines ne leur confèrent aucune crédibilité sérieuse.
  • L’armée nationale et les forces de sécurité qui se considèrent en priorité comme instruments de répression des populations et des contestations nous font craindre le pire. Les galons distribués à foison contribuent à créer des avantages matériels substantiels et à chosifier les intelligences dans leurs rangs. Patrouilles de chars, contrôles dignes d’un état de siège, brutalités d’une autre époque, manutention   et violation de lieux privés s’apparentant à un braquage : voilà les faits d’armes qui assurent la promotion. Notre armée est sortie des casernes sous nos yeux ébahis.
  • Les dignitaires traditionnels et religieux embourbés dans le marécage de la corruption ont délaissé la voie de la morale et de la transparence ainsi que celle de la tradition ancestrale, pour honteusement rivaliser dans la recherche de subsides présidentielles.
  • La jeunesse, éduquée dans l’atmosphère de l’affairisme, de la magouille, de la tricherie et de la compromission, une ambiance créée et entretenue par leurs ainés, n’a plus de repères. Elle est privée de la formation pour la compétence et la liberté de jugement articulé, documenté et critique. Le sauve-qui-peut prévaut dans ses rangs.

Tout va mal en effet au Bénin !

Ensuite, face à toute ses considérations, il convient de se doter d’une stratégie et des tactiques adaptées à notre situation de pays de dictature : alternance du visible et de l’invisible, de l’officiel et du non officiel, de dialogue et d’intransigeance, de violence comme riposte à la violence, de la confiance et de la défiance des instituons qui ont renié leur rôle, etc., en d’autres termes  lutter et oser lutter en acceptant les sacrifices que notre choix implique.

Nous devons féliciter ceux qui, dans la clandestinité ou dans la légalité, ont accepté de commencer ou de poursuivre cette lutte afin de débarquer notre pays de la dictature qui ne cache plus son nom.

Les atteintes aux droits des populations ne sauraient plus rester sans réaction, qu’elles viennent de l’Exécutif ou des Institutions devenues liberticides.

Le rôle d’organisation  et d’éveilleurs de conscience des associations de la société civile doit prendre plus d’ampleur et devenir systématique, ainsi que leur clairvoyance pour ne pas se transformer en simples acteurs de politiques définies sous d’autres cieux et par d’autres qui sont loin d’être des philanthropes.

Il faut mettre fin à la quiétude des dignitaires traditionnels et religieux qui bradent les valeurs de justice et de probité, régulatrices de la société, et violent nos consciences.

Nos pressions et discussions avec les hommes en uniformes permettront, avec du temps peut-être, de restaurer les valeurs de l’honneur et de patriotisme  dans leurs rangs et de les ramener dans leurs casernes comme leurs ainés  dignes l’avaient promis  et respecté à la suite de la Conférence Nationale des Forces Vives.

Il faut cesser de parler et de chanter la paix, car il ne saurait être question de paix dans une dictature officiellement déclarée. Il convient plutôt de promouvoir le patriotisme et l’esprit de sacrifice. Aucune ethnie, aucune région,  aucune confession religieuse, aucune dignité traditionnelle, ne devrait être pardonnée si elle continue de soutenir une dictature déclarée  en violation évidente du consensus commun de Février 1989, même en embouchant la trompète de la Paix.

Il nous faut, enfin, admettre qu’à l’épreuve de la pratique, les résultats des décisions de la Conférence de Février 1990 montrent leurs insuffisances et leur relative inadéquation à la situation de nos peuples

C’est dans ces conditions que nous pouvons utilement espérer assister à une meilleure prise de conscience de notre jeunesse et la rendre capable d’opérer la révolution morale et sociale qui lui ouvrira un horizon d’espoir.

De toutes les façons, il est devenu impossible et criminel de se taire et de se croiser les bras.

Adékpédjou S. AKINDES

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Commentaire(s)

OKOYA F.

1 Comment

  • Bravo doyen pour le courage de l’aveu, la rage du propos et  l’à propos de l’ingignation!

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